SUR MADAME DE C.IÎlGNAX
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et se plaignit souvent. — Au lieu d’explications toujours contestables, je répondraipar des citations; je rapprocherai les passages qui montrent mieux la différence desdeux caractères; et les causes de ces désharmonies momentanées. Ces textes parlent;que le lecteur les commente.
Lettre du 9 février 1671. — Vous aimez mieux m’écrire vos sentiments que vous n’aimez àme les dire...
Bu 18. — Méchante, pourquoi me cachez-vous de si px’écieux trésors? Vous avez peur que jemeure de joie. Mais ne craignez-vous pas aussi que je meure du déplaisir de croire voir le con-traire ?
Bu 11 mars. — Vous êtes bien plaisante de montrer mes lettres. Où est donc ce principe decachoterie pour ce que vous aimez ? .
Bu 15 avril, — Je vous avoue une autre chose : c’est que je croie que vous m’aimez.
Du 26 mai. — N’allons point faire une séparation de votre aimable vue et de votre amitié : ily auroit trop de cruauté à séparer ces deux choses, et je veux croire plutôt que le temps est venuqu’elles marcheront ensemble, que j’aurai le plaisir de vous voir sans mélange d’aucun nuage, etque je réparerai toutes mes injustices passées, puisque vous voulez bien les nommer ainsi...
Ailleurs. — Je vous prie, no donnons point à l’absence l’honneur d'avoir rétabli une parfaiteintelligence entre nous, et, de mon côté, la persuasion do votre tendresse, pour moi...
Bu 12 juillet. — Je songe au temps où je vous voyois à toute heure.Je regrette de ne
vous avoir pas assez vue- et d’avoir eu dans certains moments des politiques qui m’ont ôté c-oplaisir...
Du 50 octobre 1673, au relourde Grignan. — Si mes délicatesses et les mesures injustesque je prends sur moi ont donné quelques désagréments à mon amitié, je vous conjure de toutmon cœur, ma fille, de les excuser en faveur de leur cause...
Du 11 juin 1677. — Je saute aux nues quand on vient me dire : Vous vous faites mourirtoutes deux; il faut vous séparer. Vraiment, voilà un beau remède... Je n’ai jamais vu tant d’in-justices qu'on m’en a fait dans ces derniers temps; ce n’est pas pour vous : au contraire, jene suis que trop contente de votre cœur ; vous n’avez point caché votre amitié, comme vous lepensez...
Du 30 juin suivant. — Vous étiez disposée d’une manière si extraordinaire, que les mêmespensées qui vous ont déterminée à partir m’ont fait consentir à cette douleur. C’étoit un crimepour moi que d'ètre en peine de votre santé. Je vous voyois périr devant mes yeux, et il ne m’e-toit, pas permis de répandre une lnrme... (Et la suite.) *
Du 18 septembre 1679. — Ah! ma très-chère, que voulez-vous me dire de pénitence et depardon? Je ne vois plus rien que tout ce que vous avez d’aimable , et mon cœur est fait d’unemanière pour vous qu’encorequeje sois sensible jusqu’à l’excès à tout ce qui vient de vous, unedouceur, un retour, une caresse, une tendresse, me désarme et me guérit en un moment... Sivotre cœur étoit un peu plus ouvert, vous ne seriez pas si injuste...
Janvier 1680. — Je vous prie de ne plus dire de mal de votre humeur ; votre cœur et voireâme sont trop parfaits pour laisser voir ces légères ombres.
On citerait bien d’autres passages semblables : ils nous montreraient ces deux bellesâmes également empressées à s’accuser, et chacune animée du soin délicat d’atténuerles torts de l’autre en exagérant les siens propres.