XVIII
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aussi sans nulle prétention. Du rosie, où trouverait-on en elle les allures et l'al'licliedu bel esprit? Ce n’est pas dans des bouts-rimés, des chansons de société, dans quel-ques vers imités de Pétrarque dont on badine avec elle. Outre ses correspondances, plusmultipliées encore que celles de sa mère, les devoirs de sa place, les soins domestiques,même certaines habitudes paresseuses, remplissaient toute sa vie. Je ne lui vois guèrele temps de jouer ce rôle de femme savante qu’on lui attribue, et je 11e pense pas, quoiqu’011 en dise, quelle ait fourni un seul trait à Molière.
Personne n’a nié qu’clle 11e fût très-sage; il fallait dire plus : elle mérita le nom defemme vertueuse. M. de Grignan eut des torts avec elle ; il se ruinait par ostentation,pour jouer eu Provence le grand seigneur et le vice-roi. Sa femme déploya une forced’esprit et une habileté singulières à soutenir ses dépenses, à mettre un peu d’ordredans ses excès, à retarder la chute de l’édifice qu’il 11e cessait d’ébranler, à fournir auxfantaisies ruineuses qui , comme le dit madame de Sêvigné, servoient chez lui parquartier; elle s’immola pour lui quand il eut consommé ses propres moyens : elle don-nait sa signature, et s’obligeait partout, et cela contre l’avis de ses plus solides amis.Elle se condamna à la retraite et à toutes sortes de privations pour réparer un mal quine venait point d’elle; et pourtant cet époux 11’était ni beau, ni jeune, ni très-aimable;il n’était pas même fidèle. On voit qu’il lui donna de fréquents motifs de jalousie,et qu’elle eu souffrit d’autant plus qu'elle se cachait à elle-même la cause de sespeines.
Parlons de son cœur. Nombre de personnes n’y voient qu’indifféraicc, sécheresse,froideur. Mais tout jce qu’on en lit montre le contraire. Elle serait parfaite si ellen était trop sensible : ce sont les propres termes de madame de la Fayette, aussi éloi-gnée de l’enthousiasme que de la flatterie. Elle se passionnait, s’inquiétait, se tour-mentait, se livrait à la mélancolie. Il n’est bruit que des dragons dont elle s’environ-nait. Sa mère revient sans cesse à lui prouver quelle n’est point malheureuse, à laréconcilier avec la vie. Comme elle peint à cette mère le besoin qu’elle a de sou ami-tié! « Vous êtes pour moi comme la santé, le plaisir des autres plaisirs, » expressiondont madame de Sévigné aurait pu lui en\ ier l’heureuse énergie. Comment reconnaîtrecelte aridité de cœur qu’011 lui suppose, dans la confiance sans borne avec laquelle elleé| anchait tous ses soucis dans le sein maternel? « Voyez, lui dit son frère, commen ous avez voulu agir pour moi contre vos intérêts. » Il y eut nue époque où sa mèreéprouva une sorte de pénurie. Madame de Grignan fut la première à venir à sou se-cours. Que lui manque-t-il donc pour rentrer eu grâce avec ceux aux yeux desquels lemérite de la sensibilité tient lieu de tous les autres?
Quant au préjugé, faussement répandu, que ces doux femmes intéressantes ue pou-vaient vivre ensemble, il faut d’abord répondre par un fuit : c’est que, sur les vingt-sept années qui s’écoulèrent du mariage de madame de Grignan à la mort de madamede Sévigné, elles 11e furent séparées que pendant moins de sept ans; encore voit-onque d’un côté la vieillesse de l’abbé de Coulanges, et de l’autre les refus de 51 . de Gri-gnan, empêchèrent plusieurs fois la mère et la fille de se réunir.
Mais, dil-on, il s’éleva des nuages dans cette amitié. Madame de Sévigné souffrit