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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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XXIV

DU STVLE ÉI I S'IOI, AI U K DE MADAME DE SÉVI fi

« Je regardois une pendule, et, prenois plaisir à penser : Voilà comme on est quandoir souhaite que cette aiguille, marche : cependant elle tourne sans quon la voie, ettout arrive à la fin. »

Il lui échappe quelquefois des expressions hardies quon pourrait trouver maniéréesen les considérant isolées, mais qui, vues à leur place, paraissent très-naturelles : cest,il est vrai, le. naturel dune femme dont limagination est très-vive et lesprit très-orné.« Je ne connais plus les plaisirs, dit-elle quelque part; jai beau frapper du pied, rienne sort quune vie triste et uniforme. » On voit quelle venait de lire dans Plutarque lemol de Pompée, qui se vantait quen quelque endroit de lItalie quil frappât du pied,il en sortirait des légions prêtes à obéir à ses ordres.

Pour faire entendre que le crédit dun ministre diminue, madame de Sévigné dit([lie son étoile pâlit. Celte figure, souvent répétée depuis, nest-elle pas heureuse etbrillante, sans aucune affectation?

Le naturel do son style se fait surtout sentir par une négligence abandonnée quiplaît et par une rapidité qui entraîne. On sent partout ce quelle dit quelque pari :Jécrirais jusqu'à demain : mes pensées, ma plume, mon encre, tout vole.

Veut-elle quelquefois raconter un trait, une plaisanterie dune gaieté un peu librepour une femme : quelle adresse dans la tournure ! quelle mesure dans lexpression !Elle fait tout entendre sans rien prononcer.

Ce qui brille par-dessus tout dans les Lettres de madame de Sévigné, cest ce fondsinépuisable de tendresse pour sa fille, dont les expressions se varient sous mille formesdiverses, toujours sensibles, toujours intéressantes.

Sa tendresse pour sa fille emprunte souvent des tournures très-ingénieuses sans ces-ser dêtre naturelles. « Savez-vous ce que je fais de ma lunette ? écrit-elle à madame deGrignan. Je 11e cesse de la tourner du côté dont elle éloigne; les importuns qui men-\ ironnent disparoissent, et je peux ne penser quà vous. »

« Mon cœur est en repos quand il est près de vous; cest son état naturel, le seul quipeut lui plaire...

« lime semble, en vous perdant, quon ma dépouillée de tout ce que javois dai-mable... Je serois honteuse, si depuis huit jours javois fait autre chose que pleurer...Je ne sais me sauver de vous, » dit-elle ailleurs à sa fille.

Elle écrit au président de Mouleeau : « Jai été reçue à bras ouverts de madame deGrignan, avec tant de joie, de tendresse et de reconnaissance, quil me semhloit que jenélois pas venue encore assez tôt ni dassez loin... »