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Non, vous n’mire/ pas un monunil, nu seul moment. » Ce dernier mouvement n'esl-ilpas digue de Bossuet? Il me semble qu’on n’est pas plus sublime avec plus de sim-plicité ,
Lorsque le prince de Ixmguevillc fut tué au passage du Rhin, on ne savait commentl’apprendre à la duchesse de Longueville, sa mère, qui l’idolâtrait. Il fallait pourtantlui annoncer qu’il y avait eu une affaire : « Comment se porte mon frère? » dit-elle. Supensée n osa pas aller plus loin, ajoute madame de Sévigné. Ce trait n’est-il pasadmirable? Le tableau qu’elle fait ensuite de la douleur de cette mère tendre fait fris-sonner.
« Cette liberté que prend la mort d’interrompre la fortune doit consoler de 11 ’tUrepas an nombre des heureux : on en trouve la mort moins amère. » Les Lettres demadame de Sévigné sont semées de réflexions semblables, d’une vérité frappante,exprimées d’une manière énergique, fine, originale, et entremêlées souvent de traitsplaisants et cui'ieux.
Elle, dit quelque part, en parlant d’une vieille femme de sa connaissance qui venaitde mourir : « Quand elle fut près de mourir l’année passée, je disois, en voyant sat ciste convalescence et sa décrépitude : Mon Dieu ! elle, mourra deux fois bien près l’unede l'autre. Ne disois-je pas vrai? I n jour Patris étant revenu d’une grande maladie àquatre-vingts ans, et ses amis s’en réjouissant avec lui et le conjurant de se lever :Hélas! leur dit-il, est-ce la peiue de se rhabiller? »
«Il n’y a qu’à laisser faire l’esprit humain, dit-elle ailleurs, il saura bien trouverses petites consolations : c’est sa fantaisie d’être content. »
« Les longues maladies usent la douleur, et les longues espérances usent la joie. »
« On u’a jamais pris longtemps l’ombre pour le corps : il faut être, si l’on veut: pa-roitre. Le monde n’a point de longues injustices. »
Elle montre partout un grand penchant à la dévotion et une grande tiédeur sur lapratique. «Mon Dieu, qu’il est heureux (dit-elle du fameux cardinal de Retz)! (puej’envierais quelquefois son épouvantable tranquillité sur tous les devoirs de la vie! Onse ruine quand on veut s’acquitter. »
Su dévotion est douce et humaine. «Nous parlons quelquefois de l’opinion d’Ori-gène et de la nôtre : nous avons de la peine à nous faire entrer une éternité de sup-pliées dans la tète, à moins que la soumission ne vienne au secours. »
Combien de réflexions touchantes sur le temps, la vieillesse et la mort !
« La mort me paraît si terrible, que je hais plus la vie parce qu’elle y mène que.par les épines qui s’y rencontrent. »
« Je trouve les conditions de la vie assez dures : il me semble que j’ai été traînéemalgré, moi à 'rc point fatal où il tant souffrir la vieillesse : je la vois, m’y voilà, et jevoudrais bien au moins ménager de n’aller pas plus loin, de ne point avancer dans cechemin des infirmités, des douleurs, des pertes de mémoire, des défigurements, quisont près de m’outrager. Mais j’entends une voix qui dit: 11 faut marcher malgré vous; -ou bien, si vous ne le voulez pas, il faut mourir, ce qui est une autre extrémité où lanature répugne, .»