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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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XX II

Non, vous nmire/ pas un monunil, nu seul moment. » Ce dernier mouvement n'esl-ilpas digue de Bossuet? Il me semble quon nest pas plus sublime avec plus de sim-plicité ,

Lorsque le prince de Ixmguevillc fut tué au passage du Rhin, on ne savait commentlapprendre à la duchesse de Longueville, sa mère, qui lidolâtrait. Il fallait pourtantlui annoncer quil y avait eu une affaire : « Comment se porte mon frère? » dit-elle. Supensée n osa pas aller plus loin, ajoute madame de Sévigné. Ce trait nest-il pasadmirable? Le tableau quelle fait ensuite de la douleur de cette mère tendre fait fris-sonner.

« Cette liberté que prend la mort dinterrompre la fortune doit consoler de 11tUrepas an nombre des heureux : on en trouve la mort moins amère. » Les Lettres demadame de Sévigné sont semées de réflexions semblables, dune vérité frappante,exprimées dune manière énergique, fine, originale, et entremêlées souvent de traitsplaisants et cui'ieux.

Elle, dit quelque part, en parlant dune vieille femme de sa connaissance qui venaitde mourir : « Quand elle fut près de mourir lannée passée, je disois, en voyant sat ciste convalescence et sa décrépitude : Mon Dieu ! elle, mourra deux fois bien près lunede l'autre. Ne disois-je pas vrai? I n jour Patris étant revenu dune grande maladie àquatre-vingts ans, et ses amis sen réjouissant avec lui et le conjurant de se lever :Hélas! leur dit-il, est-ce la peiue de se rhabiller? »

«Il ny a quà laisser faire lesprit humain, dit-elle ailleurs, il saura bien trouverses petites consolations : cest sa fantaisie dêtre content. »

« Les longues maladies usent la douleur, et les longues espérances usent la joie. »

« On ua jamais pris longtemps lombre pour le corps : il faut être, si lon veut: pa-roitre. Le monde na point de longues injustices. »

Elle montre partout un grand penchant à la dévotion et une grande tiédeur sur lapratique. «Mon Dieu, quil est heureux (dit-elle du fameux cardinal de Retz)! (puejenvierais quelquefois son épouvantable tranquillité sur tous les devoirs de la vie! Onse ruine quand on veut sacquitter. »

Su dévotion est douce et humaine. «Nous parlons quelquefois de lopinion dOri-gène et de la nôtre : nous avons de la peine à nous faire entrer une éternité de sup-pliées dans la tète, à moins que la soumission ne vienne au secours. »

Combien de réflexions touchantes sur le temps, la vieillesse et la mort !

« La mort me paraît si terrible, que je hais plus la vie parce quelle y mène que.par les épines qui sy rencontrent. »

« Je trouve les conditions de la vie assez dures : il me semble que jai été traînéemalgré, moi à 'rc point fatal il tant souffrir la vieillesse : je la vois, my voilà, et jevoudrais bien au moins ménager de naller pas plus loin, de ne point avancer dans cechemin des infirmités, des douleurs, des pertes de mémoire, des défigurements, quisont près de moutrager. Mais jentends une voix qui dit: 11 faut marcher malgré vous; -ou bien, si vous ne le voulez pas, il faut mourir, ce qui est une autre extrémité lanature répugne, .»