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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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LETTRES DK MADAME DE SÉVIGAÉ

Mais cependant, a dit M. le chancelier, quoique vous ne reconnoissiez pasla chambre, vous lui répondez, vous lui présentez des requêtes, et vous voilàsur la sellette. Il est vrai, monsieur, a-t-il répondu, jy suis : mais je nysuis pas par ma volonté ; on my mène ; il y a une puissance à laquelle il fautobéir, et cest une mortification que Dieu me fait souffrir, et que je reçois desa main ; peut-être pouvoit-on bien me lépargner, après les services quejai rendus et les charges que jai eu lhonneur dexercer. »

Après cela, M. le chancelier a continué linterrogatoire de la pension desgabelles, M. Fouquet a très-bien répondu. Les interrogations continue-ront, et je continuerai de vous les mander fidèlement ; je voudrois seulementsavoir si mes lettres vous sont rendues sûrement.

Adieu ; je sens lenvie de causer qui me prend, je ne veux pas my aban-donner : il faut que le style des relations soit court.

Al MÊME

Mardi au soir <' novembre 1664).

Jai reçu votre lettre, qui ma fait bien voir que je noblige pas un ingrat ;jamais je nai rien vu de si agréable ni de si obligeant ; il faudrait être bienexempte damour-propre pour nêtre pas sensible à des louanges comme lesvôtres. Je vous assure donc que je suis ravie que vous ayez bonne opinion demon cœur, et je vous assure de plus, sans vouloir vous rendre douceurs pourdouceurs, que jai une estime pour vous infiniment au-dessus des paroles donton se sert ordinairement pour expliquer ce que lon pense, et que jai une joieet une consolation sensibles de vous pouvoir entretenir dune affaire nousprenons tous deux tant dintérêt. Je suis bien aise que votre cher solitaire enait sa part. Jecroyois bien aussi que vous instruiriez votre incomparable voi-sine b Vous me mandez une agréable nouvelle, en mapprenant que je fais unpeu de progrès dans son cœur ; il ny en a point je sois plus aise davancer :quand je veux avoir un peu de joie, je pense à elle et à son palais enchanté.Mais je reviens à nos affaires ; insensiblement je mamusois à vous parler dessentiments que jai pour vous et pour votre aimable amie.

Aujourdhui notre cher ami est encore allé sur la sellette. Labbé dEffiatla salué èn passant ; il lui a dit en lui rendant le salut : « Monsieur, je suis

1 Élisabeth (ou Isabelle) deChoiseul, femme de Henri de Guénégaud, ancien secrétaire d'État.