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LETTRES RE MADAME RE SÉVIli.NÉ
mande sont bien naturels ; celui de l’espérance est commun à tout le monde,sans que l’on puisse dire pourquoi ; mais enfin cela soutient le cœur. Je fusdîner à Sainte-Marie de Saint-Antoine, il y a deux jours; lanière supérieureme conta en détail quatre visites que Puis... lui a faites depuis trois mois, etdont je suis infiniment étonnée. Il lui vint dire que le bienheureux évêque deGenève (saint François de Sales) lui avoit obtenu des grâces si particulièrespendant la maladie qu’il a eue cet été, qu’il ne pouvoit douter de l’obligationqu’il lui avoit; qu’il la supplioit de faire prier pour lui toute la communauté.11 lui donna mille écus pour accomplir son vœu ; il la pria de lui faire voir lecœur du bienheureux. Quand il fut à la grille, il se jeta à genoux, et fut plusd’un quart d’heure fondu en larmes, apostrophant ce cœur, lui demandantune, étincelle du feu dont l’amour de Dieu l’avoit consumé. La mère supérieurepleurait de son côté : elle lui donna des reliques du bienheureux. Il les porteincessamment. Il parut pendant ces quatre visites si touché du désir de sonsalut, si rebuté de la cour, si transporté de l’envie de se convertir, qu’une plusline que la supérieure y aurait été trompée. Elle lui parla adroitement de l’af-faire de M. Fouquet ; il lui répondit, comme un homme qui ne regardoitqueDieu seul, qu’on ne le connoissoit point, qu’on verroit, et qu’on lui ferait jus-tice, selon Dieu, sans rien considérer que lui. Je ne fus jamais plus surpriseque d’entendre tout ce discours. Si vous me demandez maintenant ce que j’enpense, je vous dirai que je n’en sais rien, que je n’y comprends rien, et qued’un côté je ne conçois pas à quoi peut servir cette comédie, et, si ce n’en estpas une, comment il accommode tous les pas qu’il a faits depuis ce temps avecde si belles paroles.
Voilà de ces choses qu’il faut que le temps explique, car d’elles-mêmes ellessont obscures : cependant n’en parlez pas ; car la mère supérieure m’a priée dene pas faire courir cette petite histoire.
J’ai vu la mère de M. Fouquet : elle me conta de quelle façon elle avoit faitdonner cet emplâtre par madame de Charost 1 à la reine. Il est certain quel’effet en fut prodigieux : en moins d’une heure la reine sentit sa tète dégagée,et il se lit une évacuation si extraordinaire, et de quelque chose de si cor-rompu, et de si propre à la faire mourir la nuit suivante dans son accès, qu’elle-même dit tout haut que c’étoit madame Fouquet qui l’avoit guérie ; que c’étoitce qu’elle avoit vidé qui lui avoit donné les conv ulsions dont elle avoit pensémourir la nuit d’auparavant. La reine mère en fut persuadée, et-le dit aurai,qui ne l’écouta pas. Les médecins, sans qui on avoit mis l’emplâtre, ne direntpoint ce qu’ils en pensoient, et firent leur cour aux dépens de la vérité. Le
’ Marie Fouquet, fille fin surintendant, duchesse rie Charost.