LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
5
M. de Paris l’avoit défendu. Mais -voici encore une image de la prévention :nos sœurs de Sainte-Marie m’ont dit : « Enfin, Dieu soit loué! Dieu a touchéle cœur de cette pauvre enfant ; elle s’est mise dans le chemin de l’ohéissanccet du salut. » De là je vais à Port-Royal : j’y trouve un certain grand solitaire(Arnaud d'Andilly) que vous connoissez, qui commença par me dire : « Ehbien, ce pauvre oison a signé ; enfin Dieu l’a abandonnée, elle a fait le saut. »Pour moi, j’ai pensé mourir de rire, faisant réflexion sur ce que fait la préoc-cupation. Voilà bien le inonde en son naturel. Je crois que le milieu de cesextrémités est toujours le meilleur.
Samedi au soir... M. Fouquet est entré ce matin à la chambre; on l’a in-terrogé sur les octrois : il a été très-mal attaqué, et s’est très-bien défendu. Cen’est pas, entre nous, que ce ne soit un endroit des plus glissants de sonaffaire. Je ne sais quel bon ange l’a averti qu’il avoit été trop fier ; il s’en estcorrigé aujourd’hui, comme on s’est corrigé de le saluer. On ne rentrera quemercredi à la chambre ; je ne vous écrirai aussi que ce jour-là. Au reste, sivous continuez à me tant plaindre de la peine que je prends à vous écrire, et àme prier de ne point continuer, je croirai que c’est vous qui vous ennuyez delire mes lettres, et que vous vous trouvez fatigué d’y faire réponse ; mais surcela je vous promets encore de faire mes lettres plus courtes, si je puis ; et jevous quitte de la peine de me répondre, quoique j’aime encore vos lettres.Après ces déclarations, je ne pense pas que vous espériez d’empêcher le coursde mes gazettes. Quand je songe que je vous fais un peu de plaisir, j’en aibeaucoup. Il se présente si peu d’occasions de témoigner son estime et sonamitié, qu’il ne faut pas les perdre quand elles viennent s’offrir. Je vous sup-plie de faire tous mes compliments chez vous et dans votre voisinage. La reineest bien mieux.
AU MÊME
Le lundi 24 novembre 1664.
Si j’en croyois mon cœur, c’est moi qui vous suis véritablement obligée derecevoir si bien le soin que je prends de vous instruire. Croyez-vous que je netrouve point de consolation en vous écrivant? Je vous assure que j’y en trouvebeaucoup, et que je n’ai pas moins de plaisir à vous entretenir que vous enavez à lire mes lettres. Tous les sentiments que vous avez sur ce que je vous
France avait dressé un formulaire que les religieuses de Port-Royal refusèrent de signer,refus qui dans la suite fut cause de leur perte.