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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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DKTTKES de madame de sévigné

l-J

I Arnaud dAndilhj) de prier Dieu pour notre pauvre ami. Je vous embrassetous deux de tout mon cœur, et, par modestie, jy joins madame votre femme.

Pour toute la famille du malheureux, la tranquillité y règne. On dit queM. de Nesmond 1 a témoigné en mourant que son plus grand déplaisir étaitdo navoir pas été davis de la récusation de ces deux juges ; que sil eûtété à la lin du procès, il aurait réparé cette faute; quil prioit Dieu quillui pardonnât celle quil avoit faite.

Mardi i décembre.

M. Fouquet a parlé aujourdhui deux heures entières sur les six millions;il sest fait donner audience, il a dit des merveilles ; tout le inonde en étoitlouché, chacun selon son sentiment. Pussort 2 faisoit des mines d'improba-tion et de négative qui scandalisoient les gens de bien.

Quand M. Fouquet a eu cessé de parler, M. Pussort sest levé impé-tueusement, et a dit : « Pieu merci, on ne se plaindra pas quon ne lait"laissé parler tout son soûl! » Que dites-vous de ces paroles? Ne sont-ellespas dun bon juge? On dit que le chancelier est fort effrayé de lérésipèlede M. de Nesmond, qui la fait mourir ; il craint que ce ne soit une répéti-tion pour lui. Si cela pouvoit lui donner les sentiments dun homme quiva paraître devant Dieu, encore seroit-ce quelque chose; mais il fautcraindre quon ne dise de lui comme dArgant : E mûri corne visse.

AL MÊME

Jeudi 4 décembre 1004.

Etiliti les interrogations sont finies ce matin. Al. Fouquet est entré dans lachambre; M. le chancelier a fait lire le projet 3 tout du long. M. Fouquet arepris la parole le premier, et a dit : « Monsieur, je crois que vous ne pouvez

1 Président au parlement de Paris, membre de la commission. 11 mourut pendant le procès.Son testament fit grand bruit, parce quil y manifestait le repentir davoir, par sa conduite,favorisé la haine des juges contre Fouquet. Cette anecdote est rapportée par Conrad dans sesMémoires.

- Henri Pussort, conseiller dEtat, oncle maternel de Colbert, et l'un des juges les plusacharnés contre Fouquet.

3 Madame de Motte-ville, dans le tome VI de ses Mémoires, page 94, donne de grands détailssur ce projet, que Fouquet avait écrit quinze ans auparavant, sous le ministère du cardinal Ma-zarin, et dont le but était de s'opposer à la puissance de ce ministre.