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Jeudi au soir, janvier lÜO.V
Lntin, lu mère, la belle-fille et le lrère ont obtenu d’être ensemble ; ils s’en* vont à Montluçon. La mère avoit permission d’aller aux Parc-aux-bames avecsa fille ; mais sa belle-fille l’entraîne. Pour M. et madame de Charost, ils sontpartis pour Ancenis. Pecquet et Lavalée sont encore à la Bastille. Y a-t-il rien aumonde de si horrible que cette injustice ? On a donné un autre vale t de chambreau malheureux. M. d’Artagnan est sa seule consolation daus le voyage. Ondit que celui qui le gardera à Pignerol est un fort honnête homme. Dieu leveuille ! ou, pour mieux dire, Dieu le garde ! Il l’a protégé si visiblement, qu’ilfaut croire qu’il en a un soin tout particulier. La Forêt, son défunt écuyer,l’aborda comme il s’en alloit ; il lui dit : « Je suis ravi de vous voir : je sais votrefidélité et votre affection : dites à nos femmes qu’elles ne s’abattent point, quej’ai du courage de reste, et que je me porte bien. » En vérité, cela est admi-rable. Adieu, mon cher monsieur; soyons comme lui, ayons du courage, etne nous accoutumons pas à la joie que nous donna l’admirable arrêt de samedi.
Madame de Grignan 1 est morte.
Vendredi au
Il me semble, par vos beaux remercîments, que vous me donniez moncongé; mais je ne le prends pas encore. Je prétends vous écrire quand il meplaira; et dès qu’il y aura des vers du pont Neuf et autres, je vous les enverraifortbien. Notre cher ami estpar les chemins. Il a couru un bruit qu’il étoit bienmalade ; tout le monde disoit : « Quoi ! déjà... » On disoit encore que M. d’Ar-tagnan avoit envoyé demander à la cour ce qu’il feroit de son prisonnier ma-lade, et qu’on lui avoit répondu durement qu’il le menât toujours, en quelqueétat qu’il fût. Tout cela est faux; mais on voit par là ce qu’on a dans le cœur,et combien il est dangereux de donner des fondements sur quoi on augmentetout ce qu’on veut. Pecquet et Lavalée sont toujours à la Bastille ; en vérité,cette conduite est admirable. On recommencera la chambre après les Dois.
Je crois que les pauvres exilés sont arrivés présentement à leur gîte. Quandnotre ami sera au sien, je vous le manderai ; car il le faut mettre jusqu’àPignerol ; et plût à Dieu que de Pignerol nous le puissions faire venir où
1 Angélique-Glaire d’Angennes, première femme de AI. de Grignan.