Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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LETTRES RE MADAME RK SÉVIGNE

que jadmire sa conduite comme les autres, et dautant plus que je la vois deplus près ; et quà vous dire, vrai, quelque bonne opinion que jeusse delle surles choses principales, je ne croyois point du tout quelle dût être exacte surtoutes les autres au point quelle lest. Je vous assure que le monde aussi luirend bien justice, et quelle ne perd aucune des louanges qui lui sont duesYoilà mon ancienne thèse qui me fera lapider un jour, cest que le public nestni fou ni injuste : madame de Grignan doit être trop contente de lui pour dis-puter contre moi présentement. Elle a été dans des peines de votre santé qui nesont pas concevables ; je me réjouis que vous soyez guéri, pour lamour devonset pour lamour delle. Je vous prie que, si vous avez encore quelque bour-rasque à essuyer de votre bile, vous en obteniez dattendre que ma fille soitaccouchée. Elle se plaint encore tous les jours de ce quon la retenue ici,et dit tout sérieusement que cela est bien cruel de lavoir séparée de vous. Ilsemble que ce soit par plaisir que nous vous ayons mis à deux cents lieues delle.Je vous prie sur cela de calmer son esprit, et de lui témoigner la joie que vousavez despérer quelle accouchera heureusement ici. Rien nétoit plus impos-sible que de lemmener dans létat elle étoit ; et rien ne sera si bon pour sasanté, ni même pour sa réputation, que dy accoucher au milieu de ce quil y ade plus hahile, et dy être demeurée avec la conduite quelle a. Si elle vouloit,après cela, devenir folle et coquette, elle le seroit plus dun an avant quon pûtle croire, tant elle a donné bonne opinion de sa sagesse. Je prends à témointous les Grignans qui sont ici de la vérité de tout ce que je dis. Lajoie que jenai a bien du rapport à vous, car je vous aime de tout mon cœur, et suis ravieque la suite ait si bien justifié votre goût. Je ne vous dis aucune nouvelle; ceseroit aller sur les droits de ma fille. Je vous conjure seulement de croire quonne peut sintéresser plus tendrement que je fais à ce qui vous touche.

DE MADAME DE SÉYIGNÉ A M. DE COULANGES

A Paris, lundi 15 décembre 1670.

Je men vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante,la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plusétourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, laplus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plusrare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusquà aujourdhui,la plus brillante, la plus digne denvie; enfin une chose dont on ne trouve