:,i I.I l 1141 S J) K MADAME DK SÉVIGNE
Vous le serez sans doute beaucoup du commerce que vous avez avec matille : il me paroit très-vif de sa part; je ne crois point qu’on puisse plusaimer qu’elle vous aime. Pour moi, j’espère que je vous la rendrai saine etentière, avec un petit enfant de même, ou j’v brûlerai mes livres. 11 est vraique je ne suis pas habile, mais je sais bien demander conseil, et le suivre;et ma fille, de son côté, contribue fort à sa conservation.
J’ai mille compliments à vous faire deM. de laRochefaucauld et de son lils;ils ont reçu tous les vôtres. Madame de la Fayette vous rend mille grâces devotre souvenir, aussi bien que ma tante 1 , et mon abbé 2 , qui aime votrefemme de tout son cœur : ce n’est pas peu, car si elle n’étnit pas bien rai-sonnable, il la haïroit le plus franchement du monde.
Si l’occasion vous vient de rendre quelque service à un gentilhomme devotre pavs, qui s’appelle***, je vous conjure de le faire : vous ne me sauriezdonner une marque plus agréable de votre amitié. Vous m’avez promis uneanonicat pour son frère; vous connoissez toute sa famille. Ce pauvre garçonétoit attaché à M. Fouquet ; il a été convaincu d’avoir servi à faire tenir àmadame Fouquet une lettre de son mari ; sur cela il a été condamné auxgalères pour cinq ans ; c’est une chose un peu extraordinaire ; vous savezque c’est un des plus honnêtes garçons qu’on puisse voir, et propre auxgalères comme à prendre la lune avec les dents.
Brancas est fort content de vous, et ne prétend pas vous épargner quandil aura besoin de votre service ; il est persuadé qu’il vous a donné une sijolie femme, et qui vous aime si tendrement, que vous ne pouvez jamais enfaire assez pour vous acquitter envers lui. Adieu, mon très-cher comte; jevous embrasse de toute la tendresse de mon cœur.
DK MADAME DE SÉVJGAÉ A M. DE GUIGNA N
A Paris, mercredi 6 août 1(570.
Ëst-ce qu’en vérité je ne vous ai pas donné la plus jolie femme du inonde?l’eut-on être plus honnête, plus régulière? Peut-on vous aimer plus tendre-ment? Peut-on avoir des sentiments plus chrétiens? Peut-on souhaiter pluspassionnément d’être avec vous ? Et peut-on avoir plus d’attachement à tous sesdevoirs? Cela est assez ridicule que je dise tant de bien de ma fille ; mais c’est
1 Henriette de Coulanges, sœur de la mère de madame de Sérigné.
- Christophe de Coulanges, ourle de madame.de St'vigné, abbé de Notre-Dame de Livre.