Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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:,i I.I l 1141 S J) K MADAME DK SÉVIGNE

Vous le serez sans doute beaucoup du commerce que vous avez avec matille : il me paroit très-vif de sa part; je ne crois point quon puisse plusaimer quelle vous aime. Pour moi, jespère que je vous la rendrai saine etentière, avec un petit enfant de même, ou jv brûlerai mes livres. 11 est vraique je ne suis pas habile, mais je sais bien demander conseil, et le suivre;et ma fille, de son côté, contribue fort à sa conservation.

Jai mille compliments à vous faire deM. de laRochefaucauld et de son lils;ils ont reçu tous les vôtres. Madame de la Fayette vous rend mille grâces devotre souvenir, aussi bien que ma tante 1 , et mon abbé 2 , qui aime votrefemme de tout son cœur : ce nest pas peu, car si elle nétnit pas bien rai-sonnable, il la haïroit le plus franchement du monde.

Si loccasion vous vient de rendre quelque service à un gentilhomme devotre pavs, qui sappelle***, je vous conjure de le faire : vous ne me sauriezdonner une marque plus agréable de votre amitié. Vous mavez promis uneanonicat pour son frère; vous connoissez toute sa famille. Ce pauvre garçonétoit attaché à M. Fouquet ; il a été convaincu davoir servi à faire tenir àmadame Fouquet une lettre de son mari ; sur cela il a été condamné auxgalères pour cinq ans ; cest une chose un peu extraordinaire ; vous savezque cest un des plus honnêtes garçons quon puisse voir, et propre auxgalères comme à prendre la lune avec les dents.

Brancas est fort content de vous, et ne prétend pas vous épargner quandil aura besoin de votre service ; il est persuadé quil vous a donné une sijolie femme, et qui vous aime si tendrement, que vous ne pouvez jamais enfaire assez pour vous acquitter envers lui. Adieu, mon très-cher comte; jevous embrasse de toute la tendresse de mon cœur.

DK MADAME DE SÉVJGAÉ A M. DE GUIGNA N

A Paris, mercredi 6 août 1(570.

Ëst-ce quen vérité je ne vous ai pas donné la plus jolie femme du inonde?leut-on être plus honnête, plus régulière? Peut-on vous aimer plus tendre-ment? Peut-on avoir des sentiments plus chrétiens? Peut-on souhaiter pluspassionnément dêtre avec vous ? Et peut-on avoir plus dattachement à tous sesdevoirs? Cela est assez ridicule que je dise tant de bien de ma fille ; mais cest

1 Henriette de Coulanges, sœur de la mère de madame de Sérigné.

- Christophe de Coulanges, ourle de madame.de St'vigné, abbé de Notre-Dame de Livre.