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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES 1)E MADAME DE SÉV1GNÉ

par lintérêt quelle y prit : elle étoit seule, et malade et triste de la mortdune sœur religieuse ; elle étoit comme je la pouvois désirer. M. de laRochefoucauld y vint ; on ne parla que de vous, de la raison que javois dêtretouchée, et du dessein de parler comme il faut à Mellusine 1 . Je vous répondsquelle sera bien relancée. DIIacqueville vous rendra un bon compte de cetteaffaire. Je revins enlin à huit heures de chez madame de la Fayette ; mais enentrant ici, bon Dieu! comprenez-vous bien ce que je sentis en montant cedegré? Cette chambre jentrois toujours, hélas ! jen trouvai les portes ou-vertes ; mais je vis tout démeublé, tout dérangé, et votre petite fille qui me re-présentoit la mienne. Comprenez-vous bien tout ce que je souffris? Les réveilsde la nuit ont été noirs, et, le matin, je nétois point avancée dun pas pour lerepos de mon esprit. Laprès-dinée se passa avec madame de laTroche à lArse-nal. Le soir, je reçus votre lettre, qui me remit dans les premiers transports,et ce soir jachèverai celle-ci chez M. de Coulanges, japprendrai des nou-velles ; car, pour moi, voilà ce que je sais, avec les douleurs de tous ceux quevous avez laissés ici; toute ma lettre seroit pleine de compliments, si je voulois.

A LA MÊME

A Paris, lundi 9 février 1071.

Je reçois vos lettres, comme vous avez reçu ma bague ; je fonds en larmesen les lisant; il semble que mon cœur veuille se fendre par la moitié; on croiroitque vous mécrivez des injures ou que vous êtes malade, ou quil vous est arrivéquelque accident, et cest tout le contraire ; vous maimez, ma chère enfant, etvous me le dites dune manière que je ne puis soutenir sans des pleurs en abon-dance. Vous continuez votre voyage sans aucune aventure fâcheuse, et, lorsquejapprends tout cela, qui est justement tout ce qui me peut être le plus agréable,voilà létat je suis. Vous vous amusez donc à penser à moi, vous en parlez,et vous aimez mieux mécrire vos sentiments que vous naimez à me les dire.De quelque façon quils me viennent, ils sont reçus avec une sensibilité quinest comprise que de ceux qui savent aimer comme je fais. Vous me faitessentir pour vous tout ce quil est possible de sentir de tendresse ; mais, si vous

1 Françoise de Montalais, veuve de Jean de Beuil, comte de Maraus, grand éclianson. Madamede Sévigné et sa fille lui avaient donné le nom de Mellusine, fée célèbre en Poitou par sa queuede poisson et par les cris quelle poussait sur les ruines du château de Lusignan chaque foisque cette famille était menacée de quelque malheur.