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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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I.KTTKKS DE MADAME DE SGYIGAÉ

DE MADAME DE SÉYIGNÉ A MADAME DE GUIGAAA'

A Paris, mercredi 18 février* 1071.

Je vous conjure, ma tille, de conserver vos yeux ; pour les miens, voussavez quils doivent iinir à votre service. Vous comprenez bien, ma belle,que, de la manière dont vous mécrivez, il faut bien que je pleure en lisantxos lettres. Pour comprendre quelque chose de létat je suis, joignez, mabonne, à la tendresse et à linclination naturelle que jai pour votre personnela petite circonstance dêtre persuadée que vous maimez, et jugez de lexcèsde mes sentiments. Méchante I pourquoi me cachez-vous quelquefois de siprécieux trésors? Vous avez peur que je ne meure de joie ; mais ne craignez-vous pas aussi que je ne meure du déplaisir de croire voir le contraire? Jeprends dHacqueville à témoin de létat il ma vu autrefois ; mais quittonsces tristes souvenirs, et laissez-moi jouir dun bien sans lequel la vie mestdure et fâcheuse. Ce ne sont point des paroles, ce sont des vérités. Madame deGuénégaud ma mandé de quelle manière elle vous a vue pour moi : je vousconjure den garder le fond ; mais plus de larmes, je vous en prie : elles ne voussont pas si saines quà moi. Je suis présentement assez raisonnable ; je me sou-tiens au besoin, et quelquefois je suis quatre ou cinq heures tout comme uneautre ; mais peu de chose me remet à mon premier état : un souvenir, un lieu,une parole, une pensée un peu trop arrêtée, vos lettres surtout, les miennesmême en les écrivant, quelquun qui me parle de vous, voilà des écueils à maconstance, et ces écueils se rencontrent souvent. Jai vu Raymond chez lacomtesse du Lude; elle me chanta un nouveau récit du ballet; mais, si vousvoulez quon le chante, chantez-le. Je vois madame de Villars ; je me plaisavec elle, parce quelle entre dans mes sentiments ; elle vous dit mille amitiés.Madame de la Fayette comprend fort bien aussi les tendresses quejai pour vous ;elle est touchée de lamitié que vous me témoignez. Je suis assez souvent dansma famille, quelquefois ici le soir par lassitude, mais rarement. Jai vu cettepauvre madame Amelot ; elle pleure bien, je my connois. Faites quelque men-tion de certaines gens dans vos lettres, afin que je le leur puisse dire. Je vais auxsermons des Mascaron et desBourdaloue; ils se surpassent à lenvi. Voilà bien demes nouvelles ; jai fort envie de savoir des vôtres, et comment vous vous sereztrouvée à Lyon ; pour vous dire le vrai, je ne pense à nulle autre chose. Je saisvotre route, et vous avez couché tous les jours : vous étiez dimanche à Lyon ;vous auriez bien fait de vous y reposer quelques jours. Vous mavez donné envie