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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVI G N

AS

reviendra cet hiver ; vous quittera-t-il? ou le suivrez-vous ? Faites-moi réponse.

M. le Dauphin étoit malade, il se porte mieux. On sera à Versailles jusquàlundi. Madame de laVallière est toute rétablie à la cour. Le roi la reçut avecdes larmes de joie ; elle a eu plusieurs conversations tendres : tout cela estdifficile à comprendre; il fautse taire. Les nouvelles de cette année ne tiennentpas dun ordinaire à lautre. Jai une infinité de compliments à vous faire. Jevois tous les jours votre petite ; je veux quelle soit droite, voilà mon soin : celaseroit plaisant dêtre votre fille et de M. de Grignan, et quelle ne fût pas bienfaite ; je suis habile, jai même des précautions inutiles. Jai vu hier madamedu Puy-du-Fou, qui vous salue ; jai vu aussi madame de Janson et madame leBlanc. Tout ce qui a rapport à vous de cent lieues loin mest plus agréablequautre chose. Mon Dieu ! le Rhône ! vous y êtes présentement. Quelle idéepour moi, et quelle inquiétude jusquà ce que je vous en sache dehors!

A LA MÊME

Vendredi 20 février 1671.

Je vous avoue que jai une extraordinaire envie de savoir de vos nouveles;songez, ma chère fille, que je nen ai point eu depuis la Palisse ; je ne sais rien,du reste, de votre voyage jusquà Lyon, ni de votre route jusquen Provence ; jesuis bien assurée quil me viendra des lettres ; je ne doute point que vous nemayez écrit ; mais je les attends, et je ne les ai pas : il faut se consoler, etsamuser en vous écrivant. Vous saurez, ma petite, quavant-hier au soir, mer-credi, après être revenue de chez M. de Coulanges, nous faisons nos paquetsles jours dordinaire, je songeai à me coucher ; cela nest pas extraordinaire ;mais ce qui lest beaucoup, cest quà trois heures après minuit jentendis crierau voleur, au feu, et ces cris si près de moi et si redoublés, que je ne doutaipoint que ce ne fût ici; je crus même entendre quon parloit de ma pauvre petite-fille; je ne doutai point quelle ne fût brûlée : je me levai dans cette crainte,sans lumière, avec un tremblement qui mempêchoit quasi de me soutenir.Je courus à son appartement, qui est le vôtre ; je trouvai tout dans une grandetranquillité ; mais je vis la maison de Guitaud tout en feu; les flammes passoientpar-dessus la maison de madame de Vauvineux : on voyoit dans nos cours, etsurtout chezM. Guitaud, uneclarté quifaisoithorreur : cétoientdes cris, cétoitune confusion, cétoit un bruit épouvantable des poutres et des solives qui tom-boient. Je fis ouvrir ma porte, jenvoyai mes gens au secours : M. de Guitaudmenvoya nne cassette de ce quil a de plus précieux ; je la mis dans mon ca-