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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES 1>E MADAME DE SÉV1GMÉ

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binet, et puis je voulus aller dans la rue pour béer comme les autres; jytrouvai M. et madame de Guitaud quasi nus, lambassadeur de Venise, tousses gens, la petite de Vauvineux 1 quon portoit tout endormie chez lambas-sadeur, plusieurs meubles et vaisselles dargent quon sauvoit chez lui.Madame de Vauvineux faisoit démeubler ; pour moi, jétois comme dans uneîle, mais javois grande pitié de mes pauvres voisins. Madame Guêton et sonfrère donnoient de très-bons conseils ; nous étions dans la consternation :le feu étoit si allumé, quon nosoit en approcher, et lon nespéroit la finde cet embrasement quavec la tin de la maison de ce pauvre Guitaud. Il faisoitpitié ; il vouloit aller sauver sa mère, qui brûloit au troisième étage ; safemme sattachoit à lui, et le retenoit avec violence ; il étoit entre la douleurde ne pas secourir sa mère et la crainte de blesser sa femme, grosse de cinqmois ; enfin il me pria de tenir sa femme, je le lis ; il trouva que sa mèreavoit passé au travers de la flamme, et quelle étoit sauvée. Il voulut allerretirer quelques papiers : il ne put approcher du lieu ils étoient, enfinil revint à nous dans cette rue javois fait asseoir sa femme : des capucins,pleins de charité et dadresse, travaillèrent si bien, quils coupèrent le feu.On jeta de l'eau sur le reste de lembrasement, et enfin le combat finit fautede combattants, cest-à-dire après que le premier et le second étage de lan-tichambre et de la petite chambre et du cabinet, qui sont à main- droite dusalon, eurent été entièrement consumés. On appela bonheur ce qui restoitde la maison, quoiquil y ait pour Guitaud pour plus de dix mille écus de perte;car on compte de faire rebâtir cet appartement qui étoit peint et doré.

Il y avoit plusieurs beaux tableaux à M. le Blanc, à qui est la maison ; ily avoit aussi plusieurs tables, miroirs, miniatures, meubles, tapisseries. Ilsont un grand regret à des lettres ; je me suis imaginé que cétoient des lettresde M. le Prince. Cependant, vers les cinq heures du matin, il fallut songer àmadame de Guitaud ; je lui offris mon lit ; mais madame Guêton la mit dansle sien, parce quelle a plusieurs chambres meublées. Nous la fîmes saigner;nous envoyâmes quérir Bouchet : il craint bien que cette grande émotion nela fasse accoucher devant les neuf jours. Elle est donc chez cette pauvremadame Guêton : tout le monde la vient voir, et moi je continue mes soinsparce que jai trop bien commencé pour ne pas achever. Vous mallez de-mander comment le feu sétoit mis à cette maison ; on nen sait rien, il nyen avoit point dans lappartement il a pris. Mais, si on avoit pu rire dansune si triste occasion, quels portraits nauroit-on pas faits de létat nous

1 CharlotteÉlisaljcth do Cochcfilct, mariée en 1679 à Charles do Rohan, prince de Guéméné,duc de Muntbazon.

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