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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MADAME RE SfiVIGNÉ

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apporte à boire à Mademoiselle : il faut donner la serviette. Je vois madame deGèvres qui dégante sa main maigre ; je pousse madame dArpajon : elle men-tend, et se dégante ; et, dune très-bonne grâce, avance un pas, coupe laduchesse, et prend et donne la serviette. La duchesse de Gèvres en a eutoute la honte : elle étoit montée sur lestrade et elle avoit ôté ses gants, et,tout cela pour voir donner la serviette do plus près par madame dArpajon.Ma fille, je suis méchante, cela ma réjouie ; cest bien employé : a-t-on jamaisvu accourir pour ôter à madame dArpajon, qui est dans la ruelle, un petithonneur qui lui vient tout naturellement? Madame de Puisieux sen est épa-noui la rate. Mademoiselle nosoit lever les yeux; et moi, javois une minequi ne valoit rien. Après cela on ma dit cent mille biens de vous, et Made-moiselle ma commandé de vous dire quelle étoit fort aise que vous ne fus-siez point noyée et que vous fussiez en bonne santé. Nous fûmes chez ma-dame Colbert, qui me demanda de vos nouvelles : voilà de terribles bagatelles ;mais je ne sais rien. Vous voyez que je ne suis plus dévote : hélas! jauroisbien besoin des matines et de la solitude de Livry ; si est-ce qitc je vous don-nerai les deux livres de la Fontaine, quand vous devriez être en colère; ilv a des endroits jolis, et dautres ennuyeux : orme veut jamais se contenterd'avoir bien fait, et en voulant mieux faire on fait plus mal.

A LA MÊME

A Paris, mercredi 18 mars 1671,

Barillon ne me trouve guère avancée de ne pouvoir pas encore recevoir devos lettres sans pleurer. Jene le puis, ma tille, mais ne souhaitez point que jele puisse ; aimez mes tendresses, aimez mes foiblesses ; pour moi, je men ac-commode fort bien. Je les aime bien mieux, que des sentiments de Sénèque etdÉpictète. Je suis douce, tendre, ma chère enfant, jusques à la folie , vousmêtes toutes choses, je ne connois que vous. Hélas ! je suis bien précisémentcomme vous pensez, cest-à-dire, daimer ceux qui vous aiment et qui se sou-viennent de vous; je le sens tous les jours. Quand je trouvai Mellusiiie 1 , le cœurme battit de colère et démotion ; elle sapprocha, comme vous savez, etjnedit : «Eh bien, madame, êtes-vous bien fâchée? Oui, madame, lui dis-je:on ne peut pas plus. Ah! vraiment! je le crois: il faudra vous aller con-soler. Madame, nen prenez pas la peine, ce seroit une chose inutile.Mais, me dit-elle, nêtes-vous pas chez vous? Non, madame, on ne my

1 Madame de Marnas.

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