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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÊVtGNÉ

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signols, lépine blanche, les lilas, les fontaines et le beau temps nous ont donnétous les plaisirs innocents quon peut avoir ; cest un lieu je vous ai vue, celanourrit fort la tendresse. Nous y vîmes une fois un chat qui voulut arracher lesdeuxyeux de madame de la Fayette, et pensa bien en passer son envie, si vousvous en souvenez. Jai dit adieu à toutes les beautés de ce pays : je men vais dansun autre, bien rude : il ny en a point, ma tille, je ne trouve le moyen dépenseruniquement à vous. Jai recommandé ma petite enfanta madame Amelot, àmadame dOrmesson, et surtout à madame du Puy-du-Fou, avec qui je fushier deux heures ; elle en aura soin comme de son enfant. Jai pris congédes Usez et de mille autres. Entin, voilà qui est fait. M. de Rambùres estmort : pouvez-vous vous représenter sa femme affligée avec un bandeau 1 ?Si vous aimez à être parfaitement aimée, vous devez aimer mon amitié.

A LA MÊME

Aux Rochers, dimanche 51 mai 1671.

Enfin, ma tille, me voici dans ces pauvres Rochers : peut-on revoir cesallées, ces devises, ce petit cabinet, ces livres, cette chambre, sans mourirde tristesse? 11 y a des souvenirs agréables ; mais il y en a de si vifs et desi tendres, quon a peine à les supporter; ceux que jai de vous sont de cenombre. Ne comprenez-vous point bien leffet que cela peut faire dans uncœur comme le mien ?

Si vous continuez de vous bien porter, ma chère enfant, je 11 e vous irai voirque lannée qui vient: la Bretagne et la Provence ne sont pas compatibles. Cestune chose étrange que les grands voyages : si lon étoit toujours dans le senti-ment quon a quand on arrive, on ne sortiroit jamais du lieu lon est ; maislaProvidence fait quon oublie. Cest la même qui sert aux femmes qui sont ac-couchées : Dieu permet cet oubli, atin que le monde ne finisse pas, et que lonfasse des voyages en Provence. Celui que jy ferai me donnera la plus grandejoie que je puisse recevoir dans ma vie; mais quelle pensée triste de ne pointvoir de fin à votre séjour ! Jadmire et je loue de plus en plus votre sagesse ;quoique, à vous dire le vrai, je sois fortement touchée de cette impossibilité,jespère quen ce temps- nous verrons les choses dune autre manière ; il fautbien lespérer, car, sans cette consolation, il ny auroit quà mourir. Jai quel-

1 Les veuves portaient eu ce temps- un bandeau de crêpe sur le front, comme les religieusesen portent un de toile.