LETTRES DE MADAME DK SÉVIDNK
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gnans ; c’est mi lionlteur, comme vous dites, qu’ils soient tous aimables etd’une bonne société; sans cela ils feroicnt l’ennui de votre vie, au lieu qu’ilsen font la douceur et le plaisir. On me mande qu’il y a de la rougeole ciSully, et que ma tante va prendre mes petites entrailles pour les ame-ner chez elle : cela fâchera bien la nourrice, mais que faire? C’est unenécessité. C’en sera une bien dure que de demeurer en Provence pour lesgages, quand vous verrez partir d’auprès de vous madame de Senneterrepour Paris : je voudrais bien, ma chère enfant, que vous eussiez assez d’a-mitié pour moi pour ne me pas faire le même tour quand j’irai vous voirl’année qui vient. Je voudrais qu’entre ci et là vous tissiez l’impossible pourvos affaires; c’est ce qui fait quej’v pense, et que je m’en tourmentetant.ilfaut donc queje vous ramène chez moi, qui est chez vous.
M. de Cliesières est ici ; il a trouvé mes arbres crus ; il en est fort étonné,après les avoir vus pas plus grands que cela, comme disoit M. de Montbazonde ses enfants. Je suis fort aise que la maladie du pauvre Grignan ait été sicourte; je l’embrasse et lui souhaite toutes sortes de biens et de bonheurs,aussi bien qu’à sa chère moitié, que j’aime plus que moi-même ; je le sensdu moins mille fois davantage. Notre abbé est à vous ; la Mousse attendcette lettre que vous composerez.
A LA MÊME
Aux Rochers, mercredi 16 septembre 1671,
Je suis méchante aujourd’hui, ma fille ; je suis comme quand vous disiez :Vous êtes méchante. Je suis triste, je n’ai point de vos nouvelles; la grandeamitié n'est jamais tranquille. Maxime. Il pleut, nous sommes seuls; en unmot, je vous souhaite plus de joie queje n’en ai aujourd’hui. Ce qui embar-rasse fort mon abbé, la Mousse et mes gens, c’est qu’il n’y a point de remède àmon chagrin : je voudrais qu’il fût vendredi pour avoir une de vos lettres, et ifn’est que mercredi. Voilà sur quoi on ne sait que me faire, toute leur habiletéesta bout; et si, par l’excès de leur amitié, ils m’assuraient, pour me faireplaisir, qu’il est vendredi, ce seroit encore pis ; car, si je n’avois point de voslettres ce jour-là, il n’y aurait pas un brin de raison avec moi; de sorte quejesuis contrainte d’avoir patience, quoique la patience soit Une vertu, commevous savez, qui n’est guère à mon usage. Enfin je serai satisfaite avant qu’ilsoit trois jours. J’ai une extrême envie de savoir comment vous vous portez decette frayeur; c’est mon aversion que les frayeurs; car, quoique je ne sois