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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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des alignements ; je fais des allées de retour tout autour de mon parc, qui se-ront dune grande beauté ; si mon fils aime les bois et les promenades, il bénirabien ma mémoire. Mais, à propos de mère, on accuse celle du marquis de S... 1de lavoir fait assassiner : il a été criblé de cinq ou six coups de fusil ; on croitquil en mourra. Voilà une belle scène pour notre petite amie. Je mande à monfils que japprouve le procédé de cette mère, que voilà comme il faut corrigerles enfants, et que je veux faire amitié avec elle. Je crois quil est à Paris, votrepetit frère ; il aime mieux my attendre que de revenir ici : il fait bien. Mais quedites-vous démon mari, labbé dEffiat? Je suis bien malheureuse en maris :il épouse une jeune nymphe de quinze ans 2 , fille de M. et de madame de laBazinière, façonnière et coquette en perfection ; le mariage se fait en Touraine.11 a quitté quarante mille livres de rente de bénéfices pour... Dieu veuille quilsoit content ; tout le monde en doute, et trouve quil duroit bien mieux faitde sen tenir à moi.

M. dHarouïs mécrit ceci : « Mandez à madame de Carignan 5 que je ladore.Elle est à ses petits états : ce ne sont pas des gens comme nous, qui donnonsdes cent mille écus ; mais au moins quils lui donnent autant quà madamede Chaulnes pour sa bienvenue. » Il aura beau souhaiter, et moi aussi; vosesprits sont secs, et leur cœur sen ressent ; le soleil boit toute leur humi-dité, et cest ce qui fait la bonté et la tendresse. Ma fille, je vous embrassemille fois ; je suis toujours dans la douleur davoir perdu un de vos paquetsla semaine passée : la Provence est devenue mon vrai pays; cest de queviennent tous mes biens et tous mes maux. Jattends toujours les vendredisavec impatience : cest le jour de vos lettres. Saint-Pavin 4 fit autrefois uneépigramme sur les vendredis, qui étoiedt les jours quil me voyoit chezlabbé; il parloit aux dieux et finissoit :

Multipliez les vendredis,

Je vous quitte de tout le reste.

A Tapplïmzione , s'ignora. M. dAngers 3 mécrit des merveilles de vous ; il a

' «

1 Henri de Senneterre (Saint-Nectaire), marquis de Châteauneuf, vicomte de Lestranges, futblessé à Privas, le T 3 octobre 1671, a loccasion dun grand différend qu'il avoit avec samère, et mourut de ses blessures, le 25 du même mois. (Moréri.)

2 Marie-Anne Bertrand de la Bazinière népousa point labbé dEfliat, comme le bruit encourait alors ; elle épousa depuis le comte de Naneré.

r ' Plaisanterie au sujet de la méprise dun gentilhomme breton, qui, buvant à la santé demadame de Grign'an, pendant les états, disait madame de Cartgkan, ce qui fut suivi de plusieursautres Bretons.

4 Poète dont Saint-Marc a recueilli les œuvres, et dont Boileau avait mis la dévotion au rangdes choses impossibles.

Henri Arnould, évêque dAngers.