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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MADAME DE SÉVIGNÉ

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douze ouvriers en lair, qui élèvent la charpente de ma chapelle, qui cou-rent sur les solives, qui ne tiennent à rien, qui sont à tout moment sur lepoint de se rompre le cou, qui me font mal au dos à force de leur aiderden bas. On songe à ce bel effet de la Providence, que fait la cupidité ; etlon remercie Dieu quil y ait des hommes qui pour douze sous veuillentbien faire ce que dautres ne feroient pas pour cent mille écus. «Oh! trop« heureux ceux qui plantent des choux ! quand ils ont un pied à terre, lautrenen est pas loin. » Je tiens ceci dun bon auteur 1 . Nous avons aussi desplanteurs qui font des allées nouvelles, et dont je tiens moi-même les ar-bres, quand il ne pleut pas à verse ; mais le temps nous désole, et fait quonsouhaiteroit un sylphe pour nous porter à Paris. Madame de la Fayette memande que puisque vous me contez sérieusement lhistoire dAuger, elle estpersuadée que rien nest plus vrai, et que vous ne vous moquez point demoi. Elle croyoit dabord que ce fût une folie de Coulanges, et cela se pouvoittrès-bien penser; si vous lui en écrivez,'que ce soit sur ce ton.

M. de Louvigny, comme vous voyez, na pas eu la force dacheter lacharge de sonpère. Voilà M. de la Feuilladebien établi ; je ne croyois pas quildût si bien rentrer dans le chemin de la fortune. Ma tante a eu une bouffée de fiè-vre qui ma fait peur. Votre petite fille a mal aux dents, et pince comme vous ;cela est plaisant. Que vous dirai-je déplus. Songez que je suis dans un dé-sert , jamais je nai vu moins de' monde que cette année. La Troche, quejattendois, est malade. Nous sommes donc seuls ; nous lisons beaucoup, etlon trouve le soir et le lendemain comme ailleurs. Adieu, ma chère enfant ;je suis à vous sans aucune exagération ni fin de lettre, hasta la muerte(jusquà la mort) inclusivement ; jembrasse M. de Claudiopolis 2 , et le co-lonel Adhémar et le beau chevalier. Pour M. deGrignan, il a son fait à part.

A LA MÊME

Aux Rochers, dimanche 15 novembre 1671,

Quand je vous ai demandé sivous naviez point jeté mes dernières lettres, cé-toit un air ; car, de bonne foi, quoiquelles ne méritent pas tout lhonneur quevous leur faites, je crois quaprès avoir gardé celles que je vous écrivois quand

1 Rabelais, dans Pantagruel.- M. le coadjuteur dArles.