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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE

vous faisiez des poupées, vous garderez eneore celles-ci : mais il ny a plusde cassettes capables de les contenir : hélas ! il faudra des coffres.

Je ne crois pas quil y ait rien de plus plaisant que ce que vous dites dunom (Y Adhémar. Enfin la seule rature de ses lettres, cest à la signature 1 .Je suis bien empêchée pour le nom du régiment ; je vous en ai mandé monavis. Vous savez comme je suis pour Adhémar , et que je voudrois le main-tenir au péril de ma vie 2 ; mais je crains que nous ne soyons pas les plusforts. Pour la devise 3 , elle est jolie.

Che péri, pur che minnalzi.

Voilà le vrai discours dun petit glorieux, dun petit ambitieux, dun petit té-méraire, dun petit impétueux, dun petit maréchal de France. Jai bien envieden savoir votre avis, et je lai pêchée, car je ne crois pas lavoir faite. PourM. deGrignan, ah ! je le crois ; je suis assurée cpiil aime mieux une grive quevous; et, sur ce pied-, jaimemieuxun/liùott que lui : quil sexamine, je laimecomme il vous aime à proportion ; je sais bien toujours quil y a une chose quimen fera juger. Mais, mon enfant, nadmirez-vous point les erreurs et lescontre-temps que fait léloignement? Je suis en peine de vous quand vous êtesen bonne santé ; et, quand vous serez malade, une de vos lettres me redonnerade la joie; mais cette joie ne peut être longue, car enfin il faut accoucher, etcest cela qui vient dans le milieu du cœur et qui me trouble avec raison, jusquàce que japprenne votre heureux accouchement. Vous êtes donc résolue dac-coucher à Lambesc? Avez-vous votre chirurgien? La petite Deville me mandeque vous le connoissez, cest beaucoup; je crains quil ne soit jeune, puisquil vous saigne, et les jeunes gens nont guère dexpérience. Enfin, je nesais ce que je dis : mais ayez soin de vous par-dessus toutes choses. Le passédoit vous avoir rendue sage ; pour moi, je suis dune capacité qui me surprend.

Vous ai-je dit que je faisois planter la plus jolie place du monde ? Je me plantemoi-même au milieu de la place, personne ne me tient compagnie, parcequon meurt de froid. La Mousse fait vingt tours pour séchauffer : labbé va etvient pour nos affaires ; et moi, je suis fichée avec ma casaque, à penser à laProvence, car cette pensée ne me quitte jamais. Je voudrois bien apprendre iciles nouvelles de votre accouchement : la fatigue des chemins et ma violenteinquiétude ne me paraissent pas deux choses quon puisse supporter à la fois.

1 Le, chevalier de Grignan avait pris depuis peu le nom dAdhémar, et il n'avait, pas encorel'habitude de le signer.

2 Le régiment dont il s'agit était un de, ceux quon nommait, dans la cavalerie, régiments degentilshommes, et qui portaient le nom des colonels.

5 Le corps de cette devise était, une fusée volante.