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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNE

lit, et à vous aussi; et de tout cela, autant en emporte le vent : on est ravide revenir chez soi. Madame de Richelieu me parut abattue; elle fera ré-ponse à M. de Grignan : les fatigues de la cour ont rabaissé son caquet ; sonmoulin me parut en chômage. Mais qui pensez-vous quon trouve chez moi?Des Provençaux ; ils mont tartufiée. De quoi parle-t-on? De madame de Gri-gnan. Qui est-ce qui entre dans ma chambre? Votre petite. Vous dites quelleme fait souvenir de vous ; cest bien dit : vous voulez bien au moins que jevous réponde quil nest pas besoin de cela.

Je monte en carrosse ; vais-je? Chez madame de Valavoire : pour quoifaire? Pour parler de Provence, de vos affaires et de vos commissions, quejaime uniquement. Enfin Coulanges disoit lautre jour : « Voyez-vousbien cette femme-? elle est toujours en présence de sa bile. » Vous voilàen peine de moi, ma bonne, vous avez peur que je ne sois ridicule ; non, necraignez rien : on ne peut lêtre avec une si agréable folie ; et, de plus, cestque je me ménage selon les lieux, les temps et les personnes avec qui jesuis ; et lon jureroit quelquefois que je ne songe guère à vous ; ce nest pas je suis le plus en liberté.

Je reçois votre lettre du 30; vous me déplaisez, mon enfant, en parlantcomme vous faites de vos aimables lettres. Quel plaisir prenez-vous à diredu mal de votre esprit, de votre style, à vous comparer à la princesse dIIar-court 1 ? pêchez-vous cette fausse et offensante humilité? Elle blesse moncœur, elle offense la justice, elle choque la vérité. Quelles manières! Ah!ma bonne, changez-les, je vous en conjure, et voyez les choses comme ellessont : si cela est, vous naurez plus quà vous défendre de la vanité, et cesera une affaire à régler entre votre confesseur et vous.

Votre maigreur me tue : hélas ! est le temps que vous ne mangiezquune tète de bécasse par jour, et que vous mouriez de peur dêtre tropgrasse? Si vous devenez grosse sur ces entrefaites, soyez assurée que vousvoilà perdue pour toute votre vie, sans en revenir jamais.

J1 est vrai que madame de Soubise vient encore daccoucher ; mais ellerelève trop grasse, cela fait quon na nulle pitié delle. Je vous plains bienaussi de vos méchantes compagnies : la nouvelle quon y débite du gouver-nement de Bretagne donné à M. de Rohan est très-belle; cet homme parlecomme du temps des ducs (de Bretagne) : je vous souhaite quelquefois unpetit brin de ce que lon a ici de reste.

Onétoithier sur votre chapitre chez madame de Coulanges ; et madame deScarron se souvint avec combien desprit vous aviez soutenu autrefois une mau-

1 fille du due de linmcus, le diüraiU