LETTRES RE MADAME DE SÉVIGNÉ
*115
prudent coadjuteur, et le présomptueux Âdhémar : n’est-ce pas là commeje les noinmois l’antre jour?
A LA MÊME
A Paris, mercredi 20 janvier 1072.
Voilà les Maximes (le M. de la Rochefoucauld revues, corrigées et augmen-tées : c’est, de sapart que je vous les envoie. 11 y en a de divines, et, à ma honte,il v en a que je n’entends point : Dieu sait comme vous les entendrez ! Il y a undémêlé entre l’archevêque de Paris 1 et l’archevêque de Reims : c’est pour unecérémonie. Paris veut que Reims demande permission d’officier ; Reims jurequ’il n’en fera rien : on dit que ces deux hommes ne s’accorderont jamais bien,qu’ils ne soient à trente lieues l’un de l’autre: ils seront donc toujours mal.Cette cérémonie est une canonisation d’un Rorgia, jésuite ; toute la musi-que de l’Opéra y fait rage : il y a des lumières jusque dans la rue Saint-Antoine : on s’v tue. Le vieux Mérinville* est mort sans y être allé.
Ve vous trompez-vous point, ma chère fille, dans l’opinion que vous avez demes lettres? L’autre jour un pendard d’homme, voyant ma lettre infinie, medemanda si jepensois qu’on pût lire cela : j’en tremblai, sans dessein toutefoisde me corriger; et, me tenant à ce que vous m’en dites, je ne vous épargneraiaucune bagatelle, grande ou petite, qui vous puisse divertir; pour moi, c’est mavie et monunique plaisir que le commerce que j’ai avec vous : toutes choses sontensuite bien loin après. Je suis en peine de votre petit frère : il a bien froid, ilcampe, il marche vers Cologne pour un temps infini ; j’espérois le voir cet hiver,et le voilà. Enfin il se trouve que mademoiselle d’Adhémar est la consola-tion de ma vieillesse : je voudrois aussi que vous vissiez comme elle m’aime,comme elle m’appelle, comme elle m’embrasse; elle n’est point belle, mais elleest aimable; elle a un son de voix charmant; elle est blanche, elle est nette :enfin je l’aime. Vous me paroissez folle de votre fils; j’en suis fort aise : on nosaurait avoir trop de fantaisies, musquées ou point musquées, il n’importe.
Il y a demain un bal chez Madame; j’ai vu chez Mademoiselle l’agitation despierreries : cela m’a fait souvenir de nos tribulations passées, etpIûtàDieu yêtre encore ! Pouvois-je être malheureuse avec vous? Toute ma vie est pleinede repentir : monsieur Nicole, ayez pitié de moi, et me faites bien envisager
* Hait ey de Champvallon.
4 II avait été lieutenant général dn gouvernement de Provence.