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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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pourM. dUzès, qui serait hors détat dagir dans toutes les choses lon abesoin de lui : voilà qui serait digne de mon malheur ordinaire.

Vous me louez continuellement sur mes lettres, et je nose plus parler desvôtres, de peur que cela nait lair de rendre louanges pour louanges: maisencore ne faut-il pas se contraindre jusquà ne pas dire la vérité : vous avezdes pensées et des tirades incomparables ; il ne manque rien à votre style.DHacqueville et moi, nous étions ravis de lire certains endroits brillants ; etmême dans vos narrations, lendroit qui regarde le roi, votre colère contreLauzun et contre lévêque, ce sont des traits de maître. Quelquefois jendonne aussi une petite part à madame de Villars; mais elle sattache auxtendresses, et les larmes lui en viennent fort bien aux yeux. Ne craignezpoint que je montre vos lettres mal à propos ; je sais parfaitement bien ceuxqui en sont dignes, et ce quil en faut dire ou cacher.

Ecoutez, ma fille, une bonté et une douceur charmante du roi votre maître,cela redoublera bien votre zèl'e pour son service. Il mest revenu de très-bonlieu que lautre jour M. de Montausier 1 demanda une petite abbaye à SaMajesté pour un de ses amis; il en fut refusé, et sortit fâché de chez le roien disant : Il riy a que les ministres et les maîtresses qui aient du pouvoirdans ce pays. Ces paroles nétoient pas trop bien choisies : le roi le sut : ilfit appeler M. de Montausier, lui reprocha avec douceur son emportement, lelit souvenir du peu de sujet quil avoitde se plaindre de lui, et le lendemainil fit madame de Crussol 2 dame du palais. Je vous dis que voilà des con-duites de Titus : vous pouvez juger si le gouverneur a été confondu, aussibien que lévêque, qui vous doit sa députation, Ces manières de se vengersont bien cruelles. Leroi a raccommodé larchevêque de Reims avec celui deParis. Que vous dirai-je encore? Ma pauvre tante est accablée de mortellesdouleurs : cela me fait une tristesse et un devoir qui moccupent.

A LA MÊME

A Sainte-Marie du Faubourg, vendredi 29 janvier 1672, jour doSaint-François de Sales, et jour que vous fûtes mariée. Voilà mapremière radoterie : cest que je fais des bouts de lan do tout.

Me voici dans un lieu, ma fille, qui est le lieu du monde jai pleuré, lejour de votre départ, le plus abondamment et le plus amèrement : la pensée

* Gouverneur du Dauphin.

2 Fille de M. de Montausier.