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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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point ménagé Je cardinal Alfieri, qni lui a fait ce tour. On espère que son rangpourra revenir, mais cela peut être long, et cest toujours ici un dégoût.

Eenserade a dit plaisamment à mon gré que le retour du chevalier deLorraine réjouissoit ses amis et affligeoit ses créatures ; car il ny en a pointqui lui ait gardé fidélité.

Jai su, sans en pouvoir douter, quil ne tiendra encore quà nous davoirla paix. La reine dEspagne na point précisément répondu comme on ledisoit; elle a dit simplement quelle se tenoit au traité de paix, qui permetdassister ses alliés. Nous avons pris la même liberté pour le Portugal ; ellepromet même présentement de ne point assister les Hollandois, elle ne le vent,pas signer : voilà le procès. Si on sopiniâtre à vouloir quelle signe, toutest perdu; sinon, la paix sera bientôt faite, quand nous naurons pas lEs-pagne contre nous : le temps nous en apprendra davantage. Adieu, matrès-chère et très-aimable; je crains bien quaimant la solitude comme vousfaites, vous ne vous creusiez les veux et lesprit à force de rêver.

A LA MÊME

A Pari?, vendredi 4 mars 1672,

Vous dites donc, ma fille, que vous ne sauriez haïr vivement si longtemps :cest fort bien fait ; je suis assez comme vous ; mais devinez ce que je fais fortbien en récompense : cest daimer vivement qui vous savez, sans que labsencepuisse rien diminuer de ma tendresse. Vousmapparoissezdans une négligenceqni mafflige; il est vrai que vous ne demandez que des prétextes : cest votregoût naturel ; mais moi, qui vous ai toujours grondée-dessus, je vous grondeencore. Devons et de madame Dufresnoi, on en pétriroit une personne dansle juste milieu : vous êtes aux deux extrémités ; et assurément la vôtre estmoins insupportable, mais cest toujours une extrémité. Jadmire quelquefoisles riens que ma plume veut dire ; je ne la contrains point. Je suis bien heu-reuse que de tels fagotages vous plaisent : il y a des gens qui ne sen ac-commoderaient pas ; je vous prie cependant de ne point les regretter, quandje serai avec vous : me voilà jalouse de mes lettres.

Le dîner de M. Valavoire effaça entièrement le nôtre, non pas par la quantitédes viandes, mais par lextrême délicatesse, qui a surpassé celle de tous lesCoteaux 1 . Eh ! ma fille, comme vous mavez faite! Madame de la Fayette vous

' Lordre des Coteaux, devenu célèbre par nn vers de Boileau, dans la satire du Repas. CA-