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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

vous écris. Vous êtes donc à Sainte-Mario, ne voulant pas laisser échapperun moment de la douleur que vous avez de la mort du pauvre chevalier ; vousla voulez sentir à longs traits, sans en rien rabattre, sans aucune distrac-tion; cette application à faire valoir et à vouloir sentir toute votre tristesseme paroit dune personne qui nest pas si embarrassée quune autre davoirdes occasions de saffliger; jen prends à témoin votre cœur.

Voilà donc votre carnaval échappé de la fureur des réjouissances publiques :sauvez-vous aussi de lair de la petite vérole : je crains pour vous beaucoup plusque vous. Nous avons ici madame delà Trochc ; il est vrai quelle sait arriveràl'aris. Son séjour de lannée passée fut bien abîmé à mon égard dans lextrêmedouleur de vous perdre. Depuis ce temps, ma chère enfant, vous êtes arrivéepartout, comme vous dites ; mais point du tout à Paris. Vos réflexions surlespérance sont divines ; si Bourdelot 1 les avoit faites, tout lunivers lesauroit : vous ne faites pas tant de bruit pour faire des merveilles : le malheurdu bonheur est tellement bien dit, quon ne peut trop aimer une plume quiexprime ces choses-. Vous dites tout sur lespérance, et je suis si fort devotre avis, que je ne sais si je dois aller en Provence, tant jai de crainteden repartir. Je vois déjà comme le temps galopera; je connois ses ma-nières ; mais en suite de cette belle réflexion mon cœur décide comme levôtre, et je ne souhaite rien tant que de partir; je veux même espérer quilpeut arriver de telles choses, que je vous ramènerai avec moi : cest-dessus quil est difficile de parler de si loin; du moins, ma tille, il ne tien-dra pas à une maison ni à des meubles. Je ne songe quà vous : les pas que jefais pour vous sont les premiers ; les autres viennent après comme ils peuvent.

Je soupai hier chez Gourville avec les la Rochefoucauld, les Plessis, lesla Fayette, les Tournai 2 : nous attendions le grand Pomponne ; mais le ser-vice de ce cher maître que vous honorez tant lempêcha de se retrouveravec la fleur de ses amis : il a bien des affaires, à causes des dépêches quilfaut écrire partout, et à cause de la guerre.

Larchevêque de Toulouse 5 a été fait cardinal à Rome, et la nouvelle en estvwTue ici dans le temps quon attendoit celle de M. de Laon 4 : cest unegrande douleur pour tous ses amis. On tient que M. de Laon sest sacrifié pourle service du roi, et quafin de ne point trahir les intérêts de la France, il na

* Labbé Bourdelot, médecin du grand Condé. Il courait de lui une petite pièce contreXEspérance. La princesse palatine, Anne de Gonzague, y fit une réponse.

- Cest-à-dire révêque de Tournai, Gilbert de ChoiseuL

5 Iierre de Bonzi.

4 César dEstrées, évéque de Laon, l'ut déclaré cardinal peu de temps après ; il létait déjàin petto.