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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SEVIRAÉ

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lieu de vos Provençaux ! je les trouverai comme vous, et je vous plaindrai toutema vie de passer avec eux de si belles aimées de la vôtre. Je suis si peu dési-reuse de briller dans votre cour de Provence, et jen juge si bien parcelle deBretagne, que par la même raison quau bout de trois jours, à Vitré, je ne res-pirais <pie les Rochers, je vous jure devant Dieu que lobjet de mes désirs, cestde passer lété à Grignan avec vous : voilà je vise, et rien au delà. Mon vinde Saint-Laurent est chez Adhémar, je laurai demain matin ; il y a longtempsque je vous en ai remerciée in petto : cela est bien obligeant. M. de Laon aimebien cette manière dêtre cardinal. On assure que lautre jour M. de Montau-sier, parlant à M. le Dauphin de la dignité des cardinaux, lui dit que cela-pendoit du pape, et que sil vouloit l'aire cardinal un palefrenier, il le pour-rait.-dessus le cardinal de Bonzi arrive ; M. le Dauphin lui dit : « Monsieur,est il vrai que, si le pape vouloit, il ferait cardinal un palefrenier? » M. deBonzi fut surpris, et, devinant laffaire, il lui répondit : « 11 est vrai, mon-sieur, que le pape choisit qui il lui plaît; mais nous navons pas vu jusquiciquil ait pris des cardinaux dans son écurie. » Cest le cardinal de Bouillonqui ma conté ce détail.

Ecrivez un peu à notre cardinal, il vous aime, le faubourg 1 vous aime, ma-dame Scarron vous aime ; elle passe ici le carême, et céans presque tous lessoirs. Barillon y est encore, et plût à Dieu, ma belle, que vous y fussiezaussi! Adieu, mon enfant; je ne finis point; je vous défie de pouvoir com-prendre combien je vous aime.

A LA MÊME

A Paris, vendredi 8 avril idl2.

La guerre est déclarée, on ne parle que de partir. Canaples a demandé per-mission au roi daller servir dans larmée du roi dAngleterre ; et, en effet, il estparti mal content de navoir pas eu demploi en Erance. Le maréchal du Ples-sis ne quittera point Paris, il est bourgeois et chanoine : il met à couvert tousses lauriers, et jugera des coups : je ne trouve pas quavec une si belle et sigrande réputation, son personnage soit mauvais. Il dit au roi quil portoit envieà ses enfants qui avoient lhonneur de servir Sa Majesté ; que pour lui il souhoi-toit la mort, puisquil nétoit plus bon à rien. Le roi lembrassa tendrement, et

1 Cest-à-dire M. de la Rochefoucauld et madame de la Fayette, qui demeuraient l'uiiet l'autre au faubourg Saint-Germain.