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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

lui dit : « Monsieur le maréchal, on ne travaille que pour approcher de laréputation que vous avez acquise; il est agréable de se reposer après tant devictoires 1 . » En elîet, je le trouve heureux de ne point mettre au caprice dela fortune ce quil a acquis pendant toute sa vie. Le maréchal de Bellefondsest à la Trappe pour la semaine sainte : mais avant que de partir il parla,fort fièrement à M. de Louvois, qui vouloit faire quelque retranchement sursa charge de général sous M. le Prince : il lit juger laffaire par Sa Majesté,et l'emporta comme un galant homme.

La reine mattaque toujours sur vos enfants et sur mon voyage de Pro-vence, et trouve mauvais que votre fils vous ressemble, et votre fille à sonpère: je lui réponds toujours la même chose. Madame Colbert me parlesouvent de votre beauté ; mais qui ne men parle point? Ma fille, savez-vousbien quil faut un peu revenir voir tout ceci? Je vous en faciliterai les moyensdune manière qui vous ôtera de toutes sortes dembarras. Jai parlé dunpremier président à M. de Pomponne ; il ny voit encore goutte ; il croitpourtant que ce sera un étranger ; jy ai consenti.

Ma tante est si mal, que je ne crois pas quelle retarde mon voyage; elleétouffe, elle enfle, il ny a pas moyen de la voir sans être fortement touchée :je le suis et le serai beaucoup de la perdre. Vous savez comme je lai tou-jours aimée : ce meût été une grande joie de la laisser dans lespérancedune guérison qui nous lauroit rendue encore pour quelque temps. Je vousmanderai la suite de cette triste et douloureuse maladie.

M. et madame de Chaulnes sen vont en Bretagne : les gouverneurs nontpoint dautre place présentement que leur gouvernement. Nous allons voirune rude guerre ; jen suis dans une inquiétude épouvantable. Votre frère metient au cœur : nous sommes très-bien ensemble; il maime, et ne songequà me plaire : je suis aussi une vraie marâtre pour lui, et ne suis occupéeque de ses affaires. Jaurois grandtortsijemeplaignois de vous deux : vousêtes en vérité trop jolis, chacun en votre espèce. Voilà, ma très-belle, toutce que vous aurez de moi aujourdhui. Javois ce matin un Provençal, unBreton, un Bourguignon à ma toilette.

1 Le maréchal du Plessis-Praslin. 11 avait commandé l'année du roi dans la guerre de laFronde, et même il avait battu Turennc près de Rethel.