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Mi T T RE S I)E MADAME DE SÉV1GNÉ
son estime et des soins qu’il aura toujours de tout ce qui pourra vous le témoi-gner. Il a été ravi de votre description de la Sainte-Baume ; il le sera encore da-vantage de votre seconde lettre. On ne peut pas mieux écrire sur cette affaire,urplus nettement; je suis très-assurée que votre lettre obtiendra tout ce quevous souhaitez; vous en verrez, la réponse. Je n’écrirai qu’un mot, car en vé-rité, ma bonne, vous n’avez pas besoin d’être secourue dans cette occasion ; jetrouve toute la raison de votre côté. Je n’ai jamais su cette affaire par vous ; cefut M. de Pomponne qui me l’apprit comme on la lui avoit apprise ; mais iln’y a rien à répondre à ce que vous m’en écrivez ; il aura le plaisir de le lire.L’évêque {de Marseille) témoigne en toute rencontre qu’il sera fort aise de seraccommoder avec vous : il a trouvé ici toutes choses assez bien disposéespour lui faire souhaiter une réconciliation dont il se fait honneur, comme d’unsentiment convenable à sa profession. On croit que nous aurons, entre ci etdemain, un premier président de Provence. Je vous remercie de votre relationde la Sainte-Baume et de votre jolie bague ; je vois que le sang n’a pas bienbouilli à votre gré. Madame la Palatine a eu une fois la môme curiosité quevous : elle n’en fut pas plus satisfaite. Vous ne m’ôterez pas l’envie de voireette affreuse grotte : plus on y a de peine, plus il faut y aller ; et, au boutdu compte, je ne in’en soucie que foiblernent : je ne cherche que vous en Pro-vence; quand je vous aurai, j’aurai tout ce que je souhaite. Ma tante est tou-jours très-mal. Laissez-nous le soin de partir, nous ne souhaitons autre chose :et même s’il y avoit quelque espérance de langueur, nous prendrions notre parti.Je lui dis mille tendresses de votre part, qu’elle reçoit très-bien. M. delà Trousselui en a écrit d’excessives; ce sont des amitiés de l’agonie, dontjenefais pasgrand cas ; j’en quitte ceux qui ne commenceroient que là à m’aimer. Ma Elle,il faut aimer pendant la vie, comme vous faites, la rendre douce et agréable,ne point noyer d’amertume et combler de douleur ceux qui nous aiment ; ilest trop tard de changer quand on expire. Vous savez comme j’ai toujoursri des bons fonds ; je n’en connois que d’une sorte, et le vôtre doit contenterles plus difficiles. Je vois les choses comme elles sont; crovez-moi, je ne suispoint folle; et pour vous le montrer, c’est qu’on ne peut jamais être plus con-tente d’une personne que je le suis de vous. J’enverrai à madame de Cou-langes ce qui lui appartient de votre lettre : elle sera mise en pièces; il m’enrestera encore quelques centaines pour m’en consoler ; tout aimables qu’ellessont, je souhaite extrêmement de n’en plus recevoir. Venons aux nouvelles.
Le roi part demain. Il y aura cent mille hommes hors de Paris ; on a fait cecalcul dans les quartiers à peu près. Il y a quatre jours que je ne dis que desadieux. Je fus hier à l’Arsenal; je voulois dire adieu au grand maître*, qui
1 I.r comte du Li.kIc, grand maître de l'artillerie.