Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

LETTRES DE MADAME DE SÉVIGRÉ

ILS

Mandez-moi, je vous prie, ce quil y a entre la princesse dHarcourt 1 et vous ;Brancas est désespéré de penser que vous naimez point sa fille: M. dUzès apromis de remettre la paix partout ; je serai bien aise de savoir de vous cequi vous a mises en froideur.

Vous me dites que la beauté de votre fils diminue, et que son mériteaugmente ; jai regret à sa beauté, et je me réjouis quil aime le vin : voilàun petit brin de Bretagne et de Bourgogne qui fera un fort bel effet, avec lasagesse de§ Grignan. Votre fille esttout le contraire : sa beauté augmente, etson mérite diminue. Je vous assure quelle est fort jolie, et quelle est opi-niâtre comme unpet.it démon; elleases petites volontésetses petits desseins :elle me divertit extrêmement. Son teint est admirable ; ses yeux sont bleus,ses cheveux noirs, son nez ni beau ni laid ; son menton, ses joues, son tourde visage, très-parfaits; je ne dis rien de sabouche, elle saccommodera ; leson de sa voix est joli : madame de Coulanges trouvoit quil pouvoit fort bienpasser par sa bouche.

Je pense, ma tille, quà la lin je serai de votre avis. Je trouve des chagrinsdans la vie qui sont insupportables ; et, malgré le beau raisonnement du com-mencement de ma lettre, il y a bien dautres maux qui, pour'être moindres<pie les douleurs, se font également redouter. Je suis si souvent traversée dansce que je souhaite le plus, qu'en vérité la vie me paroît fort désobligeante.

A LA MÊME

A Paris, vendredi 6 mai 1072.

Ma fille, il faut que je vous conte, cest une radoterie que je ne puis éviter.Je fus hier à un service de M. le chancelier ( Séguier ) à lOratoire. Ce sont lespeintres, les sculpteurs, les musiciens et les orateurs, qui en ont fait la dé-pense; en un mot, les quatre arts libéraux. Cétoit la plus belle décorationquon puisse imaginer. Lebrun avoit fait le dessin ; le mausolée touchoit à lavoûte, ornée de mille lumières et de plusieurs figures convenables à celui quonvouloit louer. Quatre squelettes en bas étoient chargés des marques de sadignité, comme lui ayant ôté les honneurs avec la vie. Lun portoit son mor-tier, lautre sa couronne de duc, lautre son ordre, lautre les masses de chan-celier. Les quatre Arts étoient éplorés et désolés davoir perdu leur protecteur ;

1 Françoise de Bramas, femme d'Alphunse-Henri-Charles de Lorraine, prince d'Harcourt, etiillc de Charles do Brancas, chevalier dhonneur de la reine Anne dAutriche.

1U