in; lettres de madame de sévigkê
lal’einture, la Musique, l’Éloquence et la Sculpture. Quatre Vertus souteuoientla première représentation : la Force, la Justice, la Tempérance et la Religion.Quatre Anges ou quatre Génies recevoient au-dessus cette belle âme. Le mau-solée étoit encore orné de plusieurs Anges, qui soutenoient une chapelleardente, laquelle tenoità la voûte. Jamais il ne s’est rien vu de si magnifique,ni de si bien imaginé ; c’est le chet-d’œuvre de Lebrun. Toute l’église étoit paréede tableaux, de devises et d’emblèmes qui avoient rapport aux armes ou à lavie du chancelier. Plusieurs actions principales y étoient peintes.-Madame duVerneuil ‘vouloit achetertoute cette décoration un prix excessif. Ils ont tous,en corps, résolu d’en parer une galerie, et de laisser cette marque de leurreconnoissance et de leur magnificence à l’éternité. L’assemblée étoit belle etgrande, mais sans confusion : j’étois auprès de M. de Tulle, de M. Colbert, etde M. de Monmouth 8 , beau comme du temps du Palais-Royal, qui, par pa-renthèse, s’en va à l’armée trouver le roi. Il est venu un jeune père de l’Ora-toire pour faire l’oraison funèbre. J’ai dit à M. de Tulle ( Mascaron ) de le fairedescendre, et de monter à sa place, et que rien ne pouvoit soutenir la beautédu spectacle et la perfection de la musique que la force de son éloquence. Mafille, ce jeune homme a commencé en tremblant, tout le monde trembloitaussi ; il a débuté par un accent provençal : il est de Marseille ; il s’appelleLéné. Mais, en sortant de son trouble, il est entré dans un chemin si lumineux,il a si bien établi son discours, il a donné au défunt des louanges si mesurées,il apassépar tous les endroits délicats avec tant d’adresse, ilasibien mis danstout son jour tout ce qui pouvoit être admiré, il a fait des traits d’éloquence etdes coups de maître si à propos et de si bonne grâce, que tout le monde, je distout le monde, sans exception, s’en est écrié, et chacun étoit charmé d’uneaction si parfaite et si achevée. C’est un homme de vingt-huit ans, intimeami deM. de Tulle, qui l’emmène avec lui dans son diocèse. Vous le voulionsnommer le chevalier Mascaron ; mais je crois qu’il surpassera son aîné. Pour lamusique, c’est une chose qu’on ne peut expliquer. Baptiste (Lully) avoit faitun dernier effort de toute la musique du roi. Ce beau Miserere y étoit encoreaugmenté : il y eut un Libéra où tous les yeux étoient pleins de larmes. Je necrois point qu’il y ait une autre musique dans le ciel. Il y avoit beaucoup deprélats. J’ai dit à Guitaud : « Cherchons un peu notre ami Marseille. » Nous nel’avons point vu; je lui ai dit tout bas : « Si c’étoit l’oraison funèbre de quel-qu’un qui fût vivant, il n’y manquerait pas. » Cette folie a fait rire Guitaud■sans aucun respect pour la pompe funèbre. Mû chère enfant, quelle espèce de
1 Fille; du chancelier Séguier.
2 Fils naturel de Charles 11, loi tTxVnglelcmq elle même qui fut décapité cil 108λ.