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d’obliger les gens de ce nom-là. 11 me pria l'aulre jour de lui montrer unmorceau de votre style : son frère lui en a dit du bien ; en le lui montrant,je fus surprise moi-même de la justesse de vos périodes : elles sont quelque-fois harmonieuses votre style est devenu comme on le peut souhaiter; ilest fait et parfait ; vous n’avez qu’à continuer, et vous bien garder dovouloir le rendre meilleur.
Voilà dix heures, il faut faire mon paquet : je n’ai point reçu votre lettre.J’ai passé à la poste : mon petit homme m’a fait beaucoup d’excuses, mais jen’en suis pas plus riche; ma lettre est entre les mains des facteurs, c’est-à-dire,la mer à boire. Je la recevrai demain, et n’y ferai réponse que vendredi. Adieu,ma chère enfant ; vous dirai-je que je vous aime? Il me semble que c’est unechose inutile, vous le croyez assurément ; croyez-le donc, ma chère enfant, etne craignez point d’aller trop avant ; si je n’avois point le cœur triste, je vousporterois de jolies chansons : M. de Grignan les chanteroit comme nn ange. Jel’embrasse très-tendrement, et vous encore plus de mille fois.
A LA MÊME
A Paris, vendredi J7 juin 1672, à onze heures du soir,
Jeviens d’apprendre, ma fille, une triste nouvelle, dont je ne vous dirai pointle détail, parce queje ne le sais pas : mais je sais qu’au passage de l’Issel ‘,sous les ordres de M. le Prince,M. de Longueville a été tué; cette nouvelleaccable. J’étois chez madame de la Fayette, quand on vint l’apprendre à M. dela Rochefoucauld, avec la blessure de M. de Marsillac et la mort du chevalier deMarsiliac : cette grêle est tombée sur lui en ma présence. Tl a été très-vivement,affligé, ses larmes ont coulé du fond du cœur, et sa fermeté l’a empêchéd’éclater. Après ces nouvelles, je ne me suis pas donné la patience de rien de-mander : j’ai couru chez M. de Pomponne, qui m’a fait souvenir que mon filsest dans l’armée du roi, laquelle n’a eu nulle part à cette expédition ; elle étoil,réservée à M. le Prince : on dit qu’il est blessé ; on dit qu’il a passé la rivièredans un petit bateau ; on dit que Nogent a été noyé ; on dit que Guitry est tué ;on dit que M. de Roquelaure etM. de la Feuillade sont blessés, qu’il y en aune infinité qui ont péri en cette rude occasion. Quand je saurai le détail decette nouvelle, je vous le manderai. Voilà Guitaud qui m’envoie un gentilhomme
C'< sl-à-dire an passage du Rhin: fisse! fut abandonné.
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