LETTRES DE MADAME DE SÉVIG.N'É
-là;.
elle est presque toujours ; on est allé la quérir avec M. Arnauld, pour dire cetteterrible nouvelle. Mademoiselle de Vertus n’avoit qu’à se montrer ; ee retour siprécipité marquoit bien quelque chose de funeste. En effet, dès qu’elle parut :« Ali ! mademoiselle, comment se porte monsieur mou frère (le GrandGuilde)'! » Sa pensée n’osa aller plus loin. « Madame, il se porte bien de sablessure. — Il y a eu un combat. Et mon lils? » On ne lui répondit rien. « Ali !mademoiselle, mon fils, mon cher enfant! répondez-moi, est-il mort?—Ma-dame, je n’ai point de paroles pour vous répondre. — Ah ! mon cher lils 1 est-ilmort sur-le-champ? n’a-t-il pas eu un seul moment? Ah ! mon Dieu! quel sacri-lice !» Et là-dessus elle tombe sur son lit, et tout ce que la plus vive douleur peutfaire, et par des convulsions, et par des évanouissements, et par un silencemortel, et par des cris étouffés, et par des larmes amères, et par des élans vers leciel, et par des plaintes tendres et pitoyables, elle a tout éprouvé. Elle voit cer-taines gens, elle prend des bouillons, parce que Dieu le veut; elle n’a aucun re-pos ; sa santé, déjà très-mauvaise, est visiblement altérée. Pour moi, je lui sou*haitela mort, ne comprenant pas qu’elle puisse vivre après une telle perte.
il y a un homme 1 dans le monde qui n’est guère moins touché; j’ai dansla tète que s’ils s’étoient rencontrés tous deux dans ces premiers moments,et qu’il n’y eût eu personne avec eux, tous les autres sentiments auraientfait place à des cris et à des larmes, que l’on aurait redoublés de bon cœur :c’est une vision.
Mais enfin quelle affliction ne montre point notre grosse marquise d’Huxellessur le pied de la bonne amitié? Les maîtresses ne s’en contraignent pas. Toutesa pauvre maison revient ; et son écuyer, qui arriva hier, ne paraît pas unhomme raisonnable : cette mort efface les autres. Ün courrier d’hier au soirapporta la mort du comte du Plessis 8 , qui faisoit faire un pont; un coup decanon l’a emporté. M. de Turenne assiège Arnheim : on parle aussi du fortde Skenk. Ah ! que ces beaux commencements seront suivis d’une lin tra-gique pour bien des gens ! Dieu conserve mon pauvre lils ! il n’a point étéde ce passage. S’il y avoit quelque chose de bon à un tel métier, ce seraitd’être attaché à une charge. Mais la campagne n’est point finie.
Voilà des relations : il n’y en a point de meilleures ; vous verrez dans toutesque M. de Longueville est cause de sa mort et de celle des autres, et que M. lePrince a été père uniquement dans cette occasion, et point du tout générald’armée. Je disois hier, et l'on m’approuva, que, si la guerre continue, M. leDuc 3 sera la cause de la mort de M. le Prince ; son amour pour lui passe toutes
1 M. de la Rochefoucauld.
- Alexandre de Ehoisenl, comte du Plessis.
1 Henri-Jules de Ilourlion, lils de Al. le Prince.