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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES RE MADAME DE SÉY1GNÉ

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A LA MÊME

A Paris, lundi 27 juin 1672,

Ma pauvre tante reçut hier lextrême-onction ; vous ne vîtes jamais un spec-tacle plus triste : elle respire encore, voilà tout ce que je puis vous dire ; voussaurez le reste dans son temps. Mais enfin il est impossible denêtre pas sensi-blement touchée de voir finir si cruellement une personne quon a toujoursaimée et fort honorée. Vous dites-dessus tout ce qui peut se dire de plushonnête et de plus raisonnable ; jen userai selon vos avis, et, après avoir dé-cidé, je vous ferai part de la victoire, et partirai sans avoir les remords etles inquiétudes que je prévoyois; tant il est impossible de ne se pas trom-per dans tout ce que lon pense ! javois imaginé que je serois déchirée en-tre le déplaisir de quitter ma tante et les craintes de la guerre pour mon fils :Dieu a mis ordre à lun, je rendrai tous mes derniers devoirs ; et le bonheur duroi a pourvu à lautre, puisque toute la Hollande se rend sans résistance,et que les députés sont à la cour, comme je vous lavois mandé lautre jour.Ainsi, ma fille, défaisons-nous de croire que nous puissions rien penser dejuste sur lavenir ; et considérons seulement le malheur de madame de Lon-gueville, puisque cest une chose passée : voilà sur quoi nous pouvons parler.Enfin la guerre na été faite que pour tuer son pauvre enfant ; le momentdaprès, tout se tourne à la paix; et enfin le roi nest plus occupé quà re-cevoir les députés des villes qui se rendent. Il reviendra comte de Hollande.Cette victoire est admirable, et fait voir que rien ne peut résister aux forceset à la conduite de Sa Majesté : le plus sûr est de lhonorer et de le craindre,et de nen parler quavec admiration.

Jai vu enfin madame de Longueville ; le hasard me plaça près de son lit :elle men fit approcher encore davantage, et me parla la première ; car, pourmoi, je ne sais point de paroles dans une telle occasion. Elle me dit quellene doutoit pas quelle ne meût fait pitié, que rien ne manquoit à son mal-heur ; elle me parla de madame de la Fayette, de M. dIIacqueville, commede ceux qui la plaindraient le plus ; elle me parla de mon fils, et de lamitiéque son fils avoit pour lui. Je ne vous dis point mes réponses : elles furentcomme elles dévoient être ; et, de bonne foi, jétois si touchée, que je ne pou-vois pas mal dire. La foule me chassa. Mais enfin la circonstance de la paixest une sorte damertume qui me blesse jusquau coeur, quand je me mets à