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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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15s

LETTRES DE MADAME DE SÉV1GNÉ

el nous lit voir quon joue longtemps la comédie, et qua la mort on dit lavérité. Je ne vous dis plus, ma lille, le jour de mon départ :

Comment pourrois-je vous le (lire?

Rien nest plus incertain que lheure de la mort 1 .

Mais enfin, pourvu que vous vouliez bien ne nous point mander de ne [taspartir, il est très-certain que nous partirons. Laissez-nous donc Taire; voussavez comme je hais les remords : ce meût été un dragon perpétuel que denavoir pas rendu les derniers devoirs à ma pauvre tante. Je noublie rien dece que je crois lui devoir dans cette triste occasion.

Je nai point vu madame de Longueville, on ne la voit point; elle est ma-lade; il y a eu des personnes distinguées, mais je nen ai pas été, et naipoint de titre pour cela. Ilne paraît pas que la paix soit si proche que je vouslavois mandé; mais il paraît un air dintelligence partout, et une si grandepromptitude à se soumettre, quil semble que le roi nait quà sapprocherdune ville pour quelle se rende à lui. Sans lexcès de bravoure de M. deLongueville, qui lui a causé la mort et à beaucoup dautres, tout aurait été àsouhait; mais, en vérité, la Hollande entière ne vaut pas un tel prince. Nou-bliez pas décrire à M. de la Rochefoucauld sur la mort de son chevalier etla blessure de M. de Marsillac ; nallez pas vous fourvoyer ; voilà ce qui laf-flige : hélas! je mens, entre nous, ma fille, il na pas senti la perte du che-valier, et il est inconsolable de celui que tout le monde regrette. Il faut écrireaussi au maréchal du Plessis. Tous nos pauvres amis sont encore en santé.Le petit la Troclie 5 a passé des premiers à la nage : on la distingué. Si jesuis encore ici, dites-en un mot à sa mère, cela lui fera plaisir.

Ma pauvre tante me pria lautre jour, par signes, de vous faire mille amitiéset de vous dire adieu : elle nous fit pleurer, Elle a été en peine de la penséede votre maladie. Notre abbé vous en fait mille compliments :il faut que vouslui disiez toujours quelque petite douceur pour soutenir lextrême envie quil ade vous aller voir. Vous êtes présentement à Grignan ; jespère que jy serai àmon tour aussi bien que les autres : hélas! je suis toute prête. Jadmire monmalheur : cest assez que je désire quelque chose pour y trouver de lembarras.Je suis très-contente des soins et de lamitié du coadjuteur; je ne lui écriraipoint, il men aimera mieux:je serai ravie de le voir et de causer avec lui,

1 Cest la pensée d'un madrigal de Montreuil.

a François-Martin de Savonnières de la Troelie, alors âgé de seize ans.