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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

Tül

111e donna sa bénédiction, et je partis. Ensuite elle prit son lait, par complai-sance pour mademoiselle de la Trousse; mais, en vérité, elle ne put rienavaler, et elle lui dit quelle nen pouvoit plus. On la recoucha ; elle chassatout le monde et dit quelle sen alloit dormir. A trois heures, elle eut besoinde quelque chose, et fit encore signe quon la laissât en repos. À quatre heureson dit à mademoiselle de la Trousse que sa mère dormoit ; ma cousine dit quilne falloitpas léveiller pour prendre son lait. A cinq heures, elle dit quil falloitvoir si elle dormoit. On approche de son lit, on la trouve morte: on crie, onouvre les rideaux ; sa fille se jette sur cette pauvre femme, elle la veut ré-chauffer, ressusciter : elle lappelle, elle crie, elle se désespère ; enfin on lar-rache, et on la met par force dans une autre chambre. On me vient avertir ;je cours tout émue; je trouve cette pauvre tante toute froide, et couchée si àson aise, que je ne crois pas que depuis six mois elle ait eu un moment sidoux que celui de sa mort ; elle nétoit quasi point changée, à force de lavoirété auparavant. Je me mis à genoux, et vous pouvez penser si je pleuraiabondamment en voyant ce triste spectacle. Jallai voir ensuite mademoisellede la Trousse, dont la douleur fend les pierres : je les amenai toutes deux ici :le soir, madame de la Trouose vint prendre ma cousime pour la mener chezelle et à la Trousse 1 dans trois jours, en attendant le retour de M. delàTrousse. Mademoiselle de Méry a couché ici : nous avons été ce matin au ser-vice; elle retourne ce soir chez elle, parce quelle le veut; etme voilà prête àpartir. Ne mécrivez donc plus, ma belle; pour moi, je vous écrirai encore,car, quelque diligence que je fasse, je ne puis quitter encore de quelquesjours, mais je ne puis plus recevoir de vos lettres ici.

Vous ne mavez point écrit le dernier ordinaire ; vous deviez men avertirpour my préparer ; je ne vous puis dire quel chagrin cet oubli ma donné,ni de quelle longueur ma paru cette semaine : cest la première fois quecela vous est arrivé ; jaime encore mieux en avoir été plus touchée par nvêtre pas accoutumée : jespère de vos nouvelles dimanche. Adieu donc, machère enfant.

On ma promis une relation, je lattends : il me semble que le roi continueses conquêtes. Vous ne mavez pas dit un mot sur la mort de M. de Longue-ville, ni sur tout le soin que jai eu de vous instruire, ni sur toutes mes lettres ;je parle à une sourde ou à une muette ; je vois bien quil faut que jaille àGrignan : vos soins sont usés, on voit la corde. Adieu donc, jusquau revoir.Notre abbé vous fait mille amitiés ; il est adorable du bon courage quil ade vouloir venir en Provence.

l Terre à douze lieues de Paris, près Lizy-sur-Ourij.

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