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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

A LA MÊME

A Paris, dimanche 5 juillet 1672.

Je men vais à Livry mener ma petite entant ; 11 e vous mettez nullement enpeine delle, jen ai des soins extrêmes, et je laime assurément beaucoupplus que vous ne laimez. Jirai demain dire adieu à M. dÀndillv, et reviendraimardi pour achever quelques bagatelles, et partir ce qui sappelle incessam-ment. Je laisse cette lettre à ma belle Troche, qui se charge de vous mandertoutes les nouvelles ; elle sen acquittera mieux que moi : lintérêt quelle adans larmée la rend mieux instruite quune autre, et principalement quuneautre qui depuis quatre jours na vu que des larmes, du deuil, des services, desenterrements, et lamort enfin. Je vous avoue que jai été fort accablée de cha-grin, quand mon laquais est venu me dire quil ny avoit point de lettres pourmoi à la poste : voici la deuxième fois que je nai pas un mot de vous ; je croisque ce pourroit être la faute de la poste, ou de votre voyage; mais cela nelaisse pas de déplaire beaucoup : comme je ne suis point accoutumée à la peineque je souffre dans cette occasion, je la soutiens dassez mauvaise grâce. Vousavez été si malade, quil me semble toujours quil vous arrivera quelque mal-heur; et vous en avez été si entourée depuis que vous nêtes plus avec moi,que jai raison de les craindre tous, puisque vous nen craignez pas un. Adieu,ma très-chère, je vous en dirois davantage, si javois reçu de vos nouvelles.

A LA MÊME

A Livry, dimanche au soir, 5 juillet 1672,

Ah ! ma fille, jai bien des excuses à vous faire de la lettre que je vous aiécrite ce matin en partant pour venir ici. Je navois point reçu votre lettre;mon ami de la poste mavoit mandé que je nen avois point : jétois au déses-poir. Jai laissé le soin à madame de la Troche de vous mander toutes les nou-velles, et je suis partie-dessus. 11 est dix heures du soir ; et M. de Coulanges,que jaime comme ma vie, et qui est le plus joli homme du monde, menvoievotre lettre, qui étoit dans son paquet; et, pour me donner cette joie, il ne craintpoint de faire partir son laquais au clair de la lune: il est vrai, mon enfant,