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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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Je vois souvent des gens qui sont encore fort éloignés de se consoler de cetteperte ; mais, pour tout le gros du monde, ma pauvre enfant, cela est passé :cette triste nouvelle na assommé que trois ou quatre jours; la mort de Madamedura bien plus longtemps. Les intérêts particuliers de chacun pour ce qui sepasse à larmée empêchent la grande application pour les malheurs dautrui.Depuis ce premier combat, il na été question que de villes rendues et de dé-putés qui viennent demander la grâce dêtre reçus au nombre des sujets nou-vellement conquis de Sa Majesté.

loubliez pas décrire un petit mot à la Troche, sur ce que son fils sest dis-tingué et a passé à la nage ; on la loué devant le roi comme un des plushardis. 11 ny a nulle apparence quon se défende contre une armée si victo-rieuse. Les François sont jolis assurément: il faut que tout leur cède pourles actions déclat et de témérité; enfin il ny a plus de rivières présentementqui serve de défense contre leur excessive valeur.

Au reste, voici bien des nouvelles; javois amené ici ma petite enfant poury passer lété ; jai trouvé quil y fait sec, il ny a point deau ; la nourrice craintde sy ennuyer : que fais-je à votre avis? Je la ramènerai après-demain chezmoi tout paisiblement; elle sera avec la mère Jeanne , qui fera leur petitménage. Madame de Sanzei sera à Paris; elle ira la voir : jen saurai desnouvelles très-souvent. Voilà qui est fait, jechange davis ; ma maison est jolie,et ma petite ne manquera de rien : il ne faut pas croire que Livrv soit char-mant pour une nourrice comme pour moi. Adieu, ma divine enfant ; pardonnezle chagrin que javois davoir été si longtemps sans recevoir de vos lettres ;elles me sont toujours si agréables, quil ny a que vous qui puissiez me con-soler de nen avoir point.

A LA MÊME

A Paris, lundi 11 juillet 1672.

Ne parlons plus de mon voyage, ma fille; il y a si longtemps que nous ne disonsautre chose, quenfincela fatigue ; les longues espérances usent la joie, commeles longues maladies usent la douleur : vous aurez dépensé tout le plaisir deme voir en mattendant; quand jarriverai, vous serez tout accoutumée à moi.Jai été obligée de rendre les derniers devoirs à ma tante ; il a fallu encorequelques jours au delà; enfin voilà qui est fait, je pars mercredi, et vais cou-cher à Essonne ou à Melun : je vais par la Bourgogne ; je ne marrêterai pointà Dijon : je ne pourrai refuser quelques jours en passant à quelque vieille