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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
(jui est donc réglé. Adieu, ma très-aimable. M. de Grignan veut-il bien queje lui rende une visite dans son beau château?
A LA MÊME
A Auxerre, samedi 1(1 juillet 1072,
Enfin, ma fille, nous voilà. Je suis encore bien loin de vous, et je sens pour-tant déjà le plaisir d’en être plus près. Je partis mercredi de Paris avec lechagrin de n’avoir pas reçu de vos lettres le mardi ; l’espérance de vous trouverau bout d’une si longue carrière me console. Tout le monde nous assuroitagréablement queje voulois faire mourir notre eher abbé, de l’exposer dans unvoyage de Provence, au milieu de l’été; il a eu le courage de se moquer de tousces discours, et Dieu l’en a récompensé par un temps à souhait. Il n’y a pointde poussière, il fait frais, et les jours sont d’une longueur infinie : voilà tout cequ’on peut souhaiter. Notre Mousse prend courage; nous voyageons un peugravement; M. de Coulanges nous eût été bon pour nous réjouir. Nous n’avonspoint trouvé de lecture qui fût digne' de nous que Virgile, non pas travesti ,mais dans toute la majesté du latin et de l’italien l . Pour avoir de la joie, ilfaut être avec des gens réjouis ; vous savez queje suis comme on veut, mais jen’invente rien. Je suis un peu triste de ne plus savoir ce qui se passe en Hol-lande; quand je suis partie, on était entre la paix et la guerre; c’étoitle pasle plus important où la France se soit trouvée depuis très-longtemps; les in-térêts particuliers s’y rencontrent avec ceux de l’Etat. Adieu donc, ma chèreenfant; j’espère que je trouverai de vos nouvelles à I^yon.
AU COMTE DE BUSSY
Montjeu, ce 22 juillet T 672.
Vous dites toujours des merveilles, monsieur le comte; tous vos raisonne-ments sont justes ; et il est fort vrai que souvent à la guerre l’événement fait un
1 Annihal Caro a fait une traduction de YÉnéide envers italiens, qui est une de relies qu'onpeut lire après l'original.