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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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lettres de madame de sévigné

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héros ou un étourdi. Si le comte de Guiclie avoit été battu en passant le Rhin,il auroit eu le plus grand tort du monde, puisquon lui avoit commandé desavoir seulement si la rivière étoit guéable ; quil avoit mandé que oui, quoi-quelle ne le lut pas ; et cest parce que ce passage a bien réussi quil est cou-ronné de gloire.

Je commence un peu à respirer. Le roi ne fait plus que voyager, et prendrela Hollande, en chemin faisant. Je navois jamais tant pris dintérêt à la guerre,je lavoue; mais la raison nen est pas difficile à trouver. Mon fils nétoit pascommandé pour cette occasion. Il est guidon des gendarmes de monseigneur leDauphin, sous M. de Trousse : je laime mieux que volontaire.

Jai été chez M. Bailly pour votre procès; je ne lai pas trouvé, mais je lui aiécrit un billet fort amiable. PourM. le président Briçonnet *, je ne lui sauroispardonner les fautes que jai laites depuis trois ou quatre ans à son égard; il aété malade, je lai abandonné; cest un abîme, je suis toute pleine de torts;je me trouve encore le bienfait, après tout cela, de ne lui pas souhaiter lamort. Nen parlons plus.

Jai vu un petit mot ditalien dans votre lettre, il me sembloit que cétoitdun homme qui lapprenoit, et plût à Dieu! Vous savez que jai toujourstrouvé que cela manquoit à vos perfections. Àpprenez-le, mon cousin, je vousen prie, vous y trouverez du plaisir. Puisque vous trouvez que jai le goûtbon, fiez-vous-en à moi.

Si vous naviez pas été à Dijon occupé à voir perdre le procès du pauvrecomte de Limoges, vous auriez été en ce pays quand jy ai passé ; et, suivantlavis que je vous aurois donné, vous auriez su de mes nouvelles chez moncousin de Toulongeon ; mais mon malheur a dérangé tout ce qui nous pou-voit faire trouver à ce'rendez-vous, qui sest trouvé comme une petite maisonde Polémon. Madame de Toulongeon, ma tante, y vint lundi me voir, etM. Jeannin ma priée si instamment de venir ici, que je nai pu lui refuser.Il me fait regagner le jour que je lui donne par un relais qui me mènera de*main coucher à Ghâlons, comme je Pavois résolu. Jai trouvé cette maisonembellie de la moitié, depuis seize ans que jy étois venue; mais je ne suispas de même, et le temps, qui a donné de grandes beautés à ses jardins, maôté ün air de jeunesse que je ne pense pas que je recouvre jamais. Vous meneussiez rendu plus que personne par la joie que jaurois eue de vous voir, etpar les épanouissements dératé à quoi nous sommes forts sujets quand noussommes ensemble. Mais enfin Dieu ne la pas voulu, ni le grand Jupiter, quisest contenté de me mettre sur sa montagne 5 sans vouloir me faire voir ma

1 Guillaume Briçonnet, président au grand conseil.

2 Madame de Sévigné écrit le grand Jupiter : Mons Jovis, nom antique dune montagne si-