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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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lun de lautre ; les autres dues sont trop jeunes : M. de Foix est pour made-moiselle de Roquelaure. Cherchez un peu de votre côté, car cela presse. Voilàun grand détail, ma chère petite ; mais vous mavez dit quelquefois que vousles aimiez.

Laffaire dOrange fait ici un bruit très-agréable pour M. de Grignan : cettegrande quantité de noblesse qui la suivi par le seul attachement quon a pourlui ; cette grande dépense, cet heureux succès, car voilà tout, tout cela faithonneur et donne de la joie à ses amis, qui ne sont pas ici en petit nombre.Le roi dit à son souper : « Orange est pris ; Grignan avoit sept cents gentils-hommes avec lui; on a tiraillé du dedans, et enfin on sest rendu le troisièmejour : je suis fort content de Grignan. » On ma rapporté ce discours, que laGarde sait encore mieux que moi. Pour notre archevêque de Reims, je ne saisà qui il en avoit ; la Garde lui pensa parler de la dépense : « Bon ! dit-il, de ladépense ! voilà toujours comme on dit, on aime à se plaindre. Mais, mon-sieur, lui dit-on, M.. de Grignan ne pouvoit pas sen dispenser, avec tant donoblesse qui étoit venue pour lamour de lui.Dites pour le service du roi. Monsieur, répliqua-t-on, il est vrai; mais il ny avoit point dordre, et cétoitpour suivre M. de Grignan, à loccasion du service du roi, que toute celteassemblée sest faite. » Enfin, ma fille, cela nest rien : vous savez que dailleursil est très-bon ami ; mais il y a des jours la bile domine, et ces jours- sontmalheureux. On me mande des nouvelles de nos états de Bretagne. M. le mar-quis de Coëtquen le fils a voulu attaquer M. dIIarouïs, disant quil étoit seulriche, pendant que toute la Bretagne gémissoit, et quil savoit des gens quiferoient mieux que lui sa charge. M. Boucherat, M. de Lavardin et toute laBretagne lont voulu lapider, et ont eu horreur de son ingratitude ; car il amille obligations à M. dHarouïs. Sur cela il a reçu une lettre de madame deRohan, qui lui mande de venir à Paris, parce que M. de Chaulnes a ordre delui défendre dêtre aux états ; de sorte quil est disparu la veille de larrivéedu gouverneur ; il est demeuré en abomination par linfàme accusation quilvouloit faire contre M. dHarouïs. Voilà, ma bonne, ce que vous êtes obligéedentendre à cause de votre nom 1 .

Je viens de voir M. de Pomponne; il étoit seul : jai été deux bonnes heuresavec lui et mademoiselle Lavocat 2 , qui est très-jolie. M. de Pomponne a très-bien compris ce que nous souhaitons de lui, en cas quil vienne un courrier,et il le fera sans doute ; mais il dit une chose vraie, cest que votre syndic serafait avant quon entende parler ici de la rupture de votre conseil ; il croit que

1 M. dHarouïs avait épousé Marie-Madeleine de Coulanges, cousine germaine de madame deSévigné.

2 Sœur de madame de Pomponne.