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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DF. S fi VIGNE

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toute son inclination naturelle ; que jamais il navoiteude sensible joie ou deviolente douleur que par ce fils, qui avoitdes choses admirables : il se jetasurun lit, nen pouvant plus, mais sans pleurer, car on ne pleure point dans cetétat. Le père pleuroit, et navoit encore rien dit ; enfin il lui parla de Dieu,comme vous savez quil en parle : ils furent six heures ensemble ; et puis lepère, pour lui faire faire son sacrifice entier, le mena à léglise de ces bonnescapucines, lon disoit vigiles pour ce cher fils : le maréchal y entra, en tom-bant, en tremblant, plutôt traîné et poussé que sur ses jambes ; son visagenétoit plus connoissable. M. le Duc le vit en cet état; et en nous le contantchez madame de la Fayette, il pleuroit. Ce pauvre maréchal revint enfin danssa petite chambre ; il est comme un homme condamné; le roi lui a écrit ;personne ne le voit. Madame de Monaco 1 est entièrement inconsolable ; ma-dame de Louvigny 2 lest aussi, mais cest par la raison quelle nest pointaffligée. Nadmirez-vous point le bonheur de cette dernière? La voilà dans unmoment duchesse de Gramont. La chancelière 5 est transportée de joie. La com-tesse de Guiche 1 fait fort bien ; elle pleure quand on lui conte les honnêtetés etles excuses que son mari lui a faites en mourant. Elle dit : « Il étoit aimable,je laurois aimé passionnément sil mavoit un peu aimée ; jai souffert ses mé-pris avec douleur ; sa mort me touche et me fait pitié ; jespérois toujours quilehangeroit de sentiments pour moi. » Voilà qui est vrai, il ny a point decomédie. Madame de Verneuil 5 en est véritablement touchée. Je crois quenme priant de lui faire vos compliments, vous en serez quitte. Vous navez doncquà écrire à la comtesse de Guiche, à madame de Monaco et à madame deLouvigny. Pour le bon dIIacqueville, il a eu le paquet daller à Frazé, à trentelieues dici, annoncer cette nouvelle à la maréchale de Gramont, et lui porterune lettre de ce pauvre garçon, lequel a fait une grande amende honorable desa vie passée, sen est repenti, en a demandé pardon publiquement ; il a faitdemander pardon à Vardes, et lui a mandé mille choses qui pourront peut-êtrelui être bonnes. Enfin il a fort bien fini la comédie , et laissé une riche et heu-reuse veuve. La chancelière a été si pénétrée du peu ou point de satisfaction,dit-elle, que sa petite-fille a eu pendantson mariage, quelle ne va songer quàréparerce malheur;etsilse rencontroitunroi dÉthiopie, elle mettroitjusquàson patin pour lui donner sa petite-fille. Nous ne voyons point de mari pour elle ,vous allez nommer, comme nous, M. de Marsillac : elle ni lui ne veulent point

1 Catherine-Charlotte de Gramont, sœur du comte de Guiche.

- Marie-Charlotte de Castelnau, belle-sœur du comte de Guiche.

5 La chancelière Séguier, grandmère de la comtesse de Guiche.

* Marguerite-Louise-Suzanne de Béthune-Sully.

:i Charlotte Séguier, mère de la comtesse de Guiche, avait épousé en premières noces le ducde Sully, et en secondes Henri de Bourbon, duc de Verneuil.