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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

choses : se me miras, me miran 1 ; cela est divinement bien appliqué : il fautmettre votre cadran au soleil, afin quon le regarde. Votre intendant ne quit-tera pas sitôt la Provence : il a mandé à M dIIerbigny que vous lui faisieztort de croire que la justice seule le mît dans vos intérêts, puisque votrebeauté et votre mérite y avoient part.

Il ny eut personne au bal de mercredi dernier; le roi et la reine avoienttoutes les pierreries de la couronne. Le malheur voulut que ni Monsieur, niMadame, ni Mademoiselle, ni mesdames de Soubise, Sully, dHarcourt, Ven-tadour, Coëtquen, Crancey, ne purent sy trouver par diverses raisons ; cefut une pitié ; Sa Majesté en étoit chagrine.

Je revins hier du Mêni, ou jétois allée pour voir le lendemain M. dAndilly ;je fus six heures avec lui ; jeus toute la joie que peut donner la conversationdun homme admirable. Je vis aussi mon oncle de Sévigné 2 * * , mais un moment.Ce Port-Royal est une Thébaïde, cest un paradis ; cest un désert toute ladévot ion du christianisme sest rangée ; cest une sainteté répandue dans tout lepays, à une lieue à la ronde. Il y a cinq ou six sol itaires quon ne commît point,qui vivent comme les pénitents deSaint-Jean-Climaque; les religieuses sont desanges sur terre. Mademoiselle de Vertus 5 y achève sa vie avec des douleurs in-concevables et une résignation extrême. Tout ce qui les sert, jusquaux charre-tiers, aux bergers, aux ouvriers, tout est modeste. Je vous avoue que jai étéravie de voir cette divine solitude, dontjavois tant ouï parler; cest un vallonaffreux, tout propre à inspirer le goût de faire son salut. Je revins coucher auMêni, et hier ici, après avoir encore embrassé M. dAndilly en passant. Je croisque je dînerai demain chez M. de Pomponne ; ce ne sera pas sans parler de sonpère et de ma fille : voilà deux chapitres qui nous tiennent au cœur. Jattendstous les jours mon fils ; il mécrit des tendresses infinies. Il est parti plus tôt etrevient plus tard que les autres. Nous croyons que cela roule sur une amitié quila à Sézanne ; mais, comme ce nest paspour épouser, je nen suis point inquiète.

Il est vrai que lon a attaqué M. de Villars et ses gens en revenant dEspagne :cétoient les gens de lambassadeur (d'Espagne) qui revenoit, de France. Cestun assez ridicule combat ; les maîtres sexposèrent, on tiroit de tous côtés ; il ya eu quelques valets de tués. On na point fait de compliment à madame deVillars ; elle a son mari, elle est contente. M. de Luxembourg est ici. On parlefort de la paix, cest-à-dire selon les désirs de la France, plus que sur la dispo-sitiondes affaires; cependant on la peut vouloir de telle sorte, quelle se feroit.

1 Si tu me regardes, on me regardera.

2 M. dAndilly et M. de Sévigné sétaient retirés depuis plusieurs années à Port-Roval des

Champs.

" Sneur de madame de Ma intenon.