Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

LETTRES RE MADAME DE SÉYIGA'É

199

Jespère, ma tille, que vous serez plus contente et plus décidée, quand vousaurez votre congé. Oïl ne doute point ici que votre retour ny soit très-bonsi vous nétiez bien en ce pays, vous vous en sentiriez bientôt en Provence :se me miras , me miran; rien ne peut être mieux dit, il faut en revenir.M. et madame de Coulanges, la Sanzei et le bien bon vous souhaitent avecimpatience, et veulent tous, comme moi, que vous ameniez le coadjuteur,(pii vous fortifiera considérablement. Jai fort entretenu la Garde ; vous nesauriez trop estimer ses conseils : il parloit lautre jour à Gordes de vos af-faires ; il les sait, et les range, et les dit en perfection ; il donne un touradmirable à tout ce quil faut dire à Sa Majesté : vous ne pouvez consulterpersonne qui commisse mieux ce pays-ci que lui.

On est toujours charmé de mademoiselle de Blois et du prince de Conti.DHaequeville vous parlera des nouvelles de lEurope, et comme lAngle-terre est présentement la grande affaire. Cest M. le duc du Maine qui a lesSuisses ; ce nest plus M. le comte de Vexin, lequel, en récompense, a lab-baye de Saint-Germain des Prés.

A LA MÊME

A Paris, lundi 29 janvier 1074,

Il me semble, ma fille, que vous deviez compter sur votre congé plus forte-ment que vous n avez fait; lebillet deM. dePomponne, que jevousai envoyé,vous en assuroit assez : uniiomme comme lui ne se seroit pas engagé à le de-mander, sans être sûr de lobtenir. Vous laurez eu le lendemain du jour quevous mavez écrit, et il eût fallu que vous lussiez dès lors toute prête à partir;vous me parlez de plusieurs jours : cela me déplaît. Vous aurez reçu bien deslettres par lordinaire du congé, et vous aurez bien puisé à la source du bonsens, cest-à-dire M. larchevêque, pour être conduite sur toutes vos affaires.Vous aurez vu ce que la Garde vous conseille pour amener peu de gens ; si vousamenez tout ce qui voudra venir, votre voyage de Paris sera comme celui de Ma-dagascar : il faut se rendre léger, et garder le décorum pour la province.

Je crois que M. de Grignan est allé à Marseille et à Toulon. Il y a un an,comme à cette heure, que nous y étions ensemble. Vous songez donc à moien revoyant Salon et les autres endroits vous mavez vue ; cest un de mesmaux que le souvenir que me donnent les lieux : jen suis frappée au delàde la raison. Je vous cache, et au monde, et à moi-même, la moitié de latendresse et de linclination naturelle que jai pour vous.