LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
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La maréchale d’IIumièresest encore de notre bande; elle parle pour votreretour quand il est à propos, et parle si bien et avec tant de hardiesse et îleraison, qu’elle mériterait de persuader les gens en votre faveur. Mais l’heuren’est pas venue. Celle du départ de tout le monde approche. On avoit parlé dela paix, et vous savez môme le changement des plénipotentiaires; mais enattendant on va toujours à la guerre, et les gouverneurs et les lieutenantsgénéraux des provinces à leur charge. Toutes ces séparations me touchentsensiblement. Je pense aussi que madame de Grignan ne nous quittera passans quelque émotion : elle m’a priée de vous faire mille amitiés pour elle.Vous avez raison d’être content de son cœur : elle ne perd pas une occasionde me faire voir l’estime qu’elle a pour vous ; et moi, je veux parler decelle que j’ai pour ma nièce de Bussy. Elle pense comme vous, et ce qu’ellem’a écrit me fait souvenir de vos manières.
A MADEMOISELLE DE BUSSY
DEPUIS MARQUISE DE COLIGXV
Je vous souhaite, ma très-chère, un très-bon et très-agréable époux. S’ilest assorti à votre mérite, il ne lui manquera rien.
AU COMTE DE BUSSY
Comme j’écris ceci, je reçois une lettre par laquelle on me mande que cemari est trouvé. Je trouve plaisant que cette nouvelle soit arrivée justementà cet endroit . Je vous conjure, mon cher cousin, de m’en écrire le détail. Pourle nom, il est comme on lepourroit souhaiter si on le laisoit faire exprès. Jevous demande un petit mot de la personne, du bien, de l’établissement, etde ce que vous donnez présentement à la future.
RÉPONSE DE MADEMOISELLE DE BUSSY
L’époux qu’on me destine, ma chère tante, me paraît bon et raisonnable ;il n’est pas beau, mais il est de belle taille : je ferai ce que je pourrai pourvous le faire voir bientôt, aün que vous en jugiez vous-même ; mon père vavous dire le reste.