LETTRES RE MADAME DE SÉVIGNÉ
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Je vous rends mille grâces, ma chère tante, et à madame de Grignan, dela part que vous me témoignez prendre à mon établissement ; vous ne sau-riez toutes deux vous intéresser aux affaires de personne qui vous aime etqui vous honore plus que je fais.
MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE DE BUSSY
A Paris, ce 10 mai 1675.
Je pense que je suis folle de ne vous avoir point encore écrit sur le ma-riage de ma nièce; mais je suis en vérité comme folle, et c’est la seule bonneraison que j’aie à vous donner : mon fils s’en va dans trois jours à l’armée,ma fille dans peu d’autres en Provence ; il ne faut pas croire qu’avec de tellesséparations je puisse conserver ce que j’ai de bon sens. Ayez donc pitiéde moi, et croyez qu’au travers de toutes mes tribulations je sens toutes lesinjustices qu’on vous a faites. J’approuve extrêmement l’alliance de M. de Co-ligny ; c’est un établissement pour ma nièce qui me paroît solide ; et pourla peinture du cavalier, j’en suis contente sur votre parole. Je vous fais doncmes compliments à tous deux, et quasi à tous trois, car je m’imagine qu’àprésent vous n’êtes pas loin les uns des autres.
DE MONSIEUR CORBINELLI
J’espère que je me trouverai le jour des noces avec vous : je me fie à monami le hasard ; en tous cas, ce sera bientôt après. En attendant, je vous diraiqu’il n’y a pas un de vos serviteurs qui en soit plus content que moi. Voussavez que je suis sincère.
A MADEMOISELLE DE BUSSY
Je vous dis la même chose, mademoiselle; je souhaite que vous soyezbientôt madame, et je ne doute pas que vous ne mêliez alors l’air de gravitéque cette qualité donne, à celui des Rabutins, qui sait se faire aimer et res-pecter également ; madame de Grignan m’arrache la plume.
DE MADAME DF, GRIGNAN
C’est ici un adieu, monsieur le comte ; mais un adieu n’est, pas rude quandon n’est pas ensemble, et qu’ainsi l’on ne se quitte point : c’est seulement