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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

roi; vous pouvez juger (le son horrible inquiétude. Je ne crois pas que mon (ilssoit à ce siège, non plus qu’à celui de Iluy. 11 vous embrasse mille Ibis : j attendstoujours de ses lettres ; mais des vôtres, mon enfant, puis-je vous dire avecquelle impatience? Je trouve comme vous, et peut-être plus que vous, qu’il v aloin d’un ordinaire à l’autre ; ce temps, qui me fâche quelquefois de courirsi vite, s’arrête tout court, comme vous me dites ; et enfin nous ne sommesjamais contents. Je ne puis encore m’accoutumer à ne vous point voir, nitrouver, ni rencontrer, ni espérer : je suis accablée de votre absence, et jene sais point bien détourner mes idées. Notre cardinal vous auroit un peueffacée, mais vous êtes tellement mêlée dans notre commerce, qu’après yavoir bien regardé, il se trouve que c’est vous qui me le rendez si cher ;ainsi, je profite mal de votre philosophie : je suis ravie que vous vous sentiezaussi un peu de la foiblesse humaine.

A LA MÊME

A Paris, vendredi 28 juin 1075.

Madame de Vins me parut hier fort tendre pour vous, ma fille, c’est-à-dire à sa mode ; mais sa mode est bonne : il ne me parut aucun interligne àtout ce qu’elle disoit.

Je suis ravie que vous aimiez mes lettres : je ne pense point qu’elles soientaussi agréables que vous le dites ; mais il est vrai que, pour figées , elles ne lesont pas. Notre bon cardinal est dans sa solitude ; son départ m’a donné de latristesse et m’a fait souvenir du vôtre. Il y a longtemps que j’ai remarqué noscruelles séparations aux quatre coins de la terre. Il fait un froid horrible :nous nous chauffons, et vous aussi, ce qui est une bien plus grande merveille.

Ne vous mettez point en peine de mon voyage de Bretagne ; vous êtes tropbonne et trop appliquée à ma santé. Je ne veux point de la belle Mousse : l’en-nui des autres me pèse plus que le mien. Je n’ai pas le temps d’aller à Livry :j’expédie vos affaires, dont j’ai fait un vœu. Je dirai toutes vos douceurs à ma-dame de Villars et à madame de la Fayette : cette dernière est toujours avec sapetite lièvre. Adieu, ma très-chère enfant; je suis entièrement à vous.