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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

215

A LA MÊME

À Paris, mercredi 3 juillet 1675.

Mon Dieu, ma fille, que je maccoutume peu à votre absence ! jai quelquefoisde si cruels moments, quand je considère comme nous voilà placées, que je nepuis respirer ; et, quelque soin que je prenne de détourner cette idée, elle re-vient toujours. Je demande pardon à votre philosophie devons faire voir tantde foiblesse ; mais une fois entre mille, ne soyez point fâchée que je me donnele soulagement de vous dire ce que je souffre si souvent sans en rien dire à per-sonne. Il est vrai que la Bretagne nous va encore éloigner : cest une rage; ilsemble que nous voulions nous aller jeter chacune dans la mer, et laissertoute la France entre nous deux : Dieu nous bénisse.

Je reçus il y a deux jours une lettre de M. le cardinal, qui est à la veilledentrer dans sa solitude : je crois quelle ne lui ôtera de longtemps lamitiéquil a pour vous ; je suis plus que satisfaite, en mon particulier, de cellequil me témoigne.

Je vous vois user de votre autorité pour faire prendre médecine à votre fils : jecrois que vous faites fort bien. Ce nest pas un rôle qui vous convienne mal quecelui du commandement ; mais vous êtes heureuse que votre enfant ne vous aitjamais vue avaler une médecine : votre exemple détruirait vos raisonnements.Je songe à votre frère : vous souvient-il comme il vous contrefaisoit? Je suis ra-vie que ce petit marquis soit guéri : vous vous servirez du pouvoir que vousavez sur lui pour le conduire; jai bonne opinion de lui de vous aimer. Pourmoi, je me suis fait saigner pour lamour de vous ; je men porte fort bien. Unmédecin que jai vu chez madame de la Fayette ma priée de ne me point fairepurger sitôt : il me donnera des pilules admirables : cest le premier mé-decin de Madame, qui vaut mieux que tous les autres premiers médecins.

Nous avons eu un froid étrange; mais jadmire bien plus le vôtre : il mesemble quau mois de juin je navois pas froid en Provence. Je vous vois dansune parfaite solitude; je vous plains moins quune autre : je garde ma pitiépour bien dautres sujets, et pour moi-même la première. Je trouve quil estcommode de connoître les lieux sont les gens à qui lon pense toujours : nesavoir les prendre fait une obscurité qui blessclimagination; Votre chambreet votre cabinet me font mal, et pourtant jy suis quelquefois toute seule à son-ger à vous : cest que je ne me soucie point de me tant épargner. Ne faites-vous