216 LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ
[joint rétablir votre terrasse? Cette ruine me déplaît, et vous ôte votre uni-que promenade.
J’embrasse le petit marquis; dites-lui qu’il a encore une autre mamanau monde; je crois qu’il ne se souvient pas de moi. Adieu, ma très-chère ettrès-aimable enfant : je suis entièrement à vous.
A LA MÊME
A Paris, vendredi 19 juillet 1675.
Devinez d’où je vous écris, ma fille : c’est de chezM. de Pomponne ; vousvous en apercevrez par le petit mot que madame deVins vous dira ici. J’ai été,avec elle, l’abbé Arnauld et d’IIacqueville, voir passer la procession de Sainte-Geneviève ; nous en sommes revenus de très-bonne heure : il n’étoit que deuxheures ; bien des gens n’en reviendront que ce soir. Savez-vous que c’est unebelle chose que cette procession? tous les différents religieux, tous les prêtresdes paroisses, tous les chanoines deNotre-Dame, et M. l’archevêque pontificale-ment, qui va à pied, bénissant à droite età gauche jusqu’à la métropole : il n’acependant quela main gauche; et, à la droite, c’est l’abbé de Sainte-Geneviève,nu-pieds, précédé de cent cinquante religieux, nu-pieds aussi, avec sa crosseet sa mitre, comme l’archevêque, et bénissant de même, mais modeste-ment et dévotement, et à jeun, avec un air de pénitence qui fait voir quec’est lui qui va dire la messe dans Notre-Dame.
Le Parlement en robes rouges et toutes les compagnies supérieures suiventcette châsse, qui est brillante de pierreries, portée par vingthommes habillés deblanc, nu-pieds. On laisse en otage à Sainte-Geneviève le prévôt des marchandset quatre conseillers, jusqu’à ce que ce précieux trésor y soit revenu. Vous allezme demander pourquoi on a descendu cette châsse : c’étoit pour faire cesser lapluie, et pour demander le chaud ; l’un et l’autre étoient arrivés au momentqu’on a eu ce dessein ; de sorte que comme c’est en général pour nous apportertoutes sortes de biens, je crois que c’est à elle que nous devons le retour duroi : il sera ici dimanche; je vous manderai mercredi tout ce qui se peut man-der. M. de la Trousse mène un détachement de six mille hommes au maréchalde Gréqui, pour aller joindre M. de Turcnne; la Fare et les autres demeurentavec les gendarmes-Dauphin dans l’armée de M. le Prince. Voici des dames quiattendent leurs maris, au prorata de leur impatience. L’autre jour, Madame etmadame de Monaco prirent d’IIacquevillc à l’hôtel de Gramont pour s’en aller