Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
JPEG-Download
 

L ET TR tiS DE MADAME DE SÉVIfiNÉ

-m

seule; M. de Coulanges viendroit ce soir et voudrait la copier; je liais celacomme la mort. Jai fait toutes vos amitiés et dit toutes vos douceurs à M. dePomponne et à madame de Vins; en vérité, elles sont très-bien reçues. Je luidis la joie que vous aviez de nètre plus mêlée dans les sottes querelles de Pro-vence; il en rit, et de la raison de votre sagesse : il souhaiterait que les Bretonssamusassent à se haïr, plutôt quà se révolter. Jai vu madame Rouillé chezelle ; je la trouvai toujours aimable. Je croyois être à Aix; je voudrais fort safille, mais elle a de plus grandes idées. Adieu, ma très-chère et très-aimée.Madame de Verneuil et la maréchale de Castelnau viennent dadmirer votreportrait; on laime tendrement, et il nest pas si beau que vous. Cest à M. deCrignan, que jembrasse, à qui jenvoie la relation aussi bien quà vous.

A b A MÊME

A Paris, vendredi tO août 1675.

Jevoudroismettre tout ce que vous mécrivez deM. deTurenne dans une orai-son funèbre : vraiment votre style est dune énergie et dune beauté extraordinai-res; vous étiez dans les bouffées déloquence que donne lémotion de la douleur.Ne croyez point, mafille,queson souvenir soit déjà fini dans ce pays-ci ; ce fleuvequi entraîne tout nentraîne pas sitôt une telle mémoire : elle est consacrée àlimmortalité. Jétois lautre jour chez M. de la Rochefoucauld avec madame deLavardin, madame de la Fayette et M. de Marsillac. M. le Premier y vint; la con-versation dura deux heures sur les divines qualités de ce véritable héros ; tous lesyeux étoient baignés de larmes, et vous ne sauriez croire comme la douleur de saperte étoit profondément gravée dans les cœurs : vous navez rien par-dessusnous que le soulagement de soupirer tout haut et décrire son panégyrique.Nous remarquions une chose, cest que ce nest pas depuis sa mort que lonadmire la grandeur de son cœur, létendue de ses lumières et lélévation de sonâme : tout le monde en étoit plein pendant sa vie ; et vous pouvez penser ceque fait sa perte par-dessus ce quon étoit déjà. Enfin, ne croyez point quecette mort soit ici comme celle des autres. Vous pouvez en parler tant quilvous plaira, sans croire que la dose de votre douleur lemporte sur la nôtre.Pour son âme, cest encore un miracle qui vient de lestime parfaite quon avoit.pour lui; il nest pas tombé dans la tête daucun dévot quelle ne fut pas en bonétat : on ne saurait comprendre que le mal et le péché pussent être dans soncœur. Sa conversion si sincère nous a paru comme un baptême : chacun conte